Le Rwanda a préféré d’éviter le dialogue: MAE Belge

Par Ben Barugahare

La crise diplomatique entre le Rwanda et la Belgique a atteint un point critique le 18 mars 2025, avec l’annonce de Kigali de la rupture immédiate des relations diplomatiques avec Bruxelles. Cette décision intervient alors que l’Union européenne a imposé des sanctions contre plusieurs hauts responsables militaires rwandais et membres du M23/AFC, accusés d’alimenter l’instabilité à l’Est de la République démocratique du Congo et de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources congolaises.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a condamné ce qu’il a qualifié de “déformation totale des faits” par le régime rwandais, dénonçant une tentative de Kigali d’éviter tout dialogue. Il a rappelé avoir invité son homologue rwandais lors de son passage à Bruxelles la semaine précédente, sans succès. Pour lui, cette rupture des canaux diplomatiques démontre que le Rwanda préfère l’isolement à une résolution pacifique des différends.

Il a rejeté catégoriquement les accusations de Kigali, affirmant que la Belgique ne cherchait ni à punir ni à affaiblir le Rwanda, et encore moins en raison de son passé colonial. Il a insisté sur le fait que la position belge, partagée par l’ensemble de l’Union européenne et des partenaires internationaux comme le G7, repose sur le respect des droits humains, de l’État de droit et du droit humanitaire international.

Le gouvernement rwandais a justifié sa décision en accusant la Belgique de jouer un rôle historique destructeur dans la montée de l’extrémisme ethnique ayant conduit au génocide de 1994. Kigali a également reproché à Bruxelles son engagement en faveur des sanctions européennes, dénonçant une ingérence visant à affaiblir le pays.

En réponse, Prévot a rappelé que la position de la Belgique sur le génocide contre les Tutsis restait inchangée et que le pays avait reconnu sa part de responsabilité, allant jusqu’à demander pardon pour ses manquements. Il a également réaffirmé la coopération judiciaire continue entre les deux États pour poursuivre les auteurs de crimes liés au génocide.

Alors que l’Union européenne a formellement adopté des sanctions contre plusieurs personnalités rwandaises et congolaises liées au M23/AFC, la réaction immédiate du Rwanda laisse entendre que cette décision a été perçue comme une menace directe contre le régime de Kigali. En représailles, Kigali a ordonné l’expulsion de tous les diplomates belges sous 48 heures.

En réaction, la Belgique a pris des mesures de réciprocité en convoquant le chargé d’affaires rwandais à Bruxelles, en déclarant les diplomates rwandais persona non grata avec un délai de 48 heures pour quitter le territoire, et en mettant fin aux accords de coopération bilatérale.

Prévot a souligné que ces mesures visaient à exercer une pression pour forcer toutes les parties impliquées dans la crise congolaise à cesser les hostilités et à engager un dialogue de bonne foi. Il a rappelé que la Belgique soutenait les efforts de médiation régionale et appelait le gouvernement congolais à assumer ses responsabilités pour améliorer la gouvernance et garantir la sécurité de ses citoyens.

Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a confirmé la fermeture immédiate de l’ambassade du Rwanda à Bruxelles et le rappel de tous ses diplomates. Il a précisé qu’aucun représentant rwandais ne répondrait à une quelconque convocation de l’État belge.

Cette escalade diplomatique souligne les tensions croissantes entre Kigali et ses partenaires occidentaux, en particulier l’Union européenne, qui durcit progressivement sa position sur le rôle du Rwanda dans la crise en RDC. La rupture avec Bruxelles pourrait marquer une nouvelle phase d’isolement pour Kigali, qui fait face à une pression internationale de plus en plus forte.