France-Rwanda : Pourquoi cet acharnement contre Agathe Habyarimana?

Par Ben Barugahare

Le 18 mars 2025, le parquet national antiterroriste français a déposé un recours pour obtenir la mise en examen d’Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, assassiné le 6 avril 1994 dans un attentat qui a déclenché le génocide rwandais. Cette relance judiciaire, après des années de procédure sans issue, pose une question essentielle : pourquoi un tel acharnement contre une femme de 82 ans, alors que de nombreux criminels de guerre avérés, notamment issus du Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame, échappent à toute justice ?

Depuis plus de quinze ans, Agathe Habyarimana est la cible privilégiée d’associations proches du régime de Kigali, comme le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qui ont fait de son dossier un enjeu majeur. Pourtant, les accusations portées contre elle restent floues et principalement fondées sur des suppositions d’« incitations » au génocide. En 2016, la justice française l’avait placée sous le statut de témoin assisté, reconnaissant implicitement l’absence de preuves suffisantes pour une mise en examen.

Pourquoi alors cette soudaine réactivation de la procédure en 2025 ? Tout indique que cette relance judiciaire répond moins à une nécessité juridique qu’à un agenda politique dicté par Kigali et ses alliés en France. L’alignement de Paris sur le régime de Paul Kagame est de plus en plus flagrant, et cette affaire semble s’inscrire dans une volonté de satisfaire les intérêts du pouvoir rwandais, au détriment d’une justice équitable et impartiale.

Si la justice française se montre particulièrement zélée contre Agathe Habyarimana, elle reste en revanche muette sur les crimes du FPR, pourtant largement documentés par des ONG, des experts et même des rapports des Nations unies. Depuis plus de trente ans, Paul Kagame et son régime sont accusés d’avoir orchestré des massacres de masse contre des populations hutu avant, pendant et après le génocide de 1994.

L’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana, qui a servi de déclencheur aux massacres, n’a jamais fait l’objet d’une enquête judiciaire sérieuse, alors que des éléments accablants pointent vers la responsabilité du FPR. De même, les crimes de guerre commis en République démocratique du Congo par les forces rwandaises restent impunis. Pourquoi la France refuse-t-elle d’enquêter sur ces faits avérés, alors qu’elle s’acharne sur des personnalités hutu accusées sans preuves solides ?

L’une des plus grandes compromissions de la justice française concerne l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel rwandais, qui a coûté la vie aux présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi. Cet acte terroriste, qui a déclenché l’effondrement de l’État rwandais et ouvert la voie au génocide, aurait dû faire l’objet d’investigations rigoureuses et impartiales. Pourtant, cette enquête a été progressivement abandonnée, sacrifiée sur l’autel des intérêts diplomatiques et géostratégiques. Face aux pressions de Kigali et aux calculs politiques de Paris, la justice française a renoncé à poursuivre les commanditaires de cet attentat, pourtant identifiés par plusieurs enquêtes indépendantes comme étant issus du FPR.

Le dossier Agathe Habyarimana illustre la manière dont le génocide rwandais est instrumentalisé à des fins politiques et diplomatiques. En criminalisant systématiquement les anciens proches du régime Habyarimana, certains cercles en France cherchent à renforcer la version officielle imposée par Kigali, selon laquelle toute opposition à Paul Kagame est assimilée à une tentative de réhabilitation des génocidaires.

Cette stratégie permet non seulement d’étouffer toute critique du régime rwandais, mais aussi de détourner l’attention des crimes commis par le FPR. En acceptant de jouer ce jeu, la France se rend complice d’une justice à deux vitesses et d’une falsification de l’histoire.

L’acharnement judiciaire contre Agathe Habyarimana n’est pas une quête de justice, mais une opération politique dictée par Kigali et relayée par certains milieux français influencés par le régime rwandais. Pendant que la justice française se mobilise contre une femme âgée de 82 ans sur la base d’accusations douteuses, elle reste passive face aux crimes du FPR et à l’impunité totale dont bénéficie Paul Kagame.

Il est urgent que la France retrouve son indépendance judiciaire et cesse de se laisser instrumentaliser dans une chasse à l’homme qui ne vise qu’à museler toute opposition à Kigali et à empêcher l’émergence d’une vérité équilibrée sur l’histoire du Rwanda.