RDC-Ouganda : Muhoozi Kainerugaba dérape sur X avant de désactiver son compte

Par Marc Matabaro

Le général Muhoozi Kainerugaba, commandant des forces de défense ougandaises (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni, a désactivé son compte X (anciennement Twitter) après une série de publications explosives, mêlant menaces militaires contre la République démocratique du Congo, attaques contre la Belgique, provocations personnelles et déclarations fantaisistes.

L’un des tweets les plus alarmants a été publié le week-end dernier. Muhoozi y ordonnait sans détour : « Toutes les forces présentes à Kisangani doivent immédiatement se rendre à l’UPDF ! » Avant d’ajouter quelques heures plus tard : « Les amis, ce fut amusant. Merci beaucoup. Laissez-moi retourner à la planification pour Kisangani. Que Dieu vous bénisse tous ! Et que Dieu bénisse l’UPDF et les RDF ! » Une référence à l’armée rwandaise qui ravive de vives inquiétudes dans un contexte régional déjà tendu. Ces messages, qui visent explicitement Kisangani, rappellent les affrontements sanglants de 1999-2000 entre l’Ouganda et le Rwanda dans cette même ville stratégique du nord-est congolais.

Dans un autre message à la tonalité souverainiste, Muhoozi s’en est pris aux anciennes puissances coloniales : « Je veux conseiller aux anciens colonisateurs, en particulier la Belgique, de laisser le Congo tranquille. Le peuple congolais est avec l’Ouganda et le Rwanda. » En se positionnant en porte-voix des Congolais, le général cherche à légitimer les ambitions ougandaises dans la région, tout en s’attaquant à l’influence occidentale.

Mais les messages les plus déroutants ont été d’ordre personnel. Muhoozi a ainsi écrit : « Jay-Z doit venir en Ouganda et s’excuser d’avoir épousé ma femme… Beyoncé. » Il a ensuite affirmé : « Les femmes blanches (bazungu) sont obsédées par moi. Elles sont toutes les bienvenues en Ouganda. » Ces propos, jugés sexistes et incohérents, ont déclenché une vague de moqueries et de critiques sur les réseaux sociaux.

Alors que certains internautes congolais le comparaient à Mobutu, Muhoozi a répondu : « Les Congolais me traitent de fils de Mobutu ? Très intéressant. Je préfère être le fils de Lumumba. Nous sommes les vengeurs de Lumumba ! » Une déclaration symbolique, chargée d’un imaginaire panafricain, qui s’inscrit dans une tentative de récupération idéologique.

La polémique a pris une tournure plus personnelle lorsque Muhoozi a directement visé l’opposant ougandais Bobi Wine : « Tuer Kabobi (Bobi Wine) est un jeu d’enfant ! Très facile. Il dit aimer la boxe. Je l’invite à un match de boxe. » Bobi Wine a immédiatement répliqué: « Défi accepté ! Si tu me bats, j’arrête la politique. Et si je te bats, tu arrêtes l’alcool. Dis-moi quand, et je dirai où. » Ce duel verbal entre deux figures emblématiques de la scène politique ougandaise a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. Pour certains, il s’agit d’une simple manœuvre de communication. Pour d’autres, le ton belliqueux et personnel traduit une tension croissante entre l’opposition et le clan présidentiel.

Finalement, dans ce qui semble être son dernier message avant la disparition de son compte, Muhoozi a annoncé : « Ma tante m’a ordonné de quitter Twitter pendant un moment. On se revoit dans quelques semaines. » Suggérant qu’il aurait été contraint par son entourage familial ou présidentiel à se retirer temporairement des réseaux sociaux pour limiter les dégâts politiques et diplomatiques.

Le compte @mkainerugaba est désormais inaccessible, affichant une erreur d’accès.

À travers cette séquence, Muhoozi Kainerugaba a combiné déclarations militaristes, références religieuses, outrances personnelles et ambitions politiques. Il se pose en figure charismatique à la fois imprévisible et omniprésente, brouillant les frontières entre humour provocateur et stratégie de communication. Ses messages sur la RDC, ses allusions à une alliance militaire avec Kigali, sa charge contre la Belgique et son affrontement avec Bobi Wine alimentent une image de plus en plus clivante.

Dans un contexte régional particulièrement instable, entre la guerre contre CODECO en Ituri, la progression du M23 au Nord-Kivu et les rivalités diplomatiques entre Kinshasa, Kampala et Kigali, les propos de Muhoozi ne relèvent pas seulement du buzz : ils témoignent d’un climat de tension où la parole d’un général peut être perçue comme un signal politique fort, voire une menace directe.