Ituri : Thomas Lubanga relance la rébellion avec la CRP

Par Ben Barugahare

Kampala/Bunia – Thomas Lubanga Dyilo, ancien chef de milice iturien et premier condamné de l’histoire par la Cour pénale internationale (CPI), refait surface sur la scène politico-militaire de l’Est congolais. Le 24 mars 2025, un communiqué publié à Bérunda officialise le lancement de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), un mouvement se présentant comme l’incarnation d’une contestation populaire contre le régime de Kinshasa.

À travers un discours radical, la CRP dénonce la corruption endémique, le tribalisme, la militarisation du pouvoir et « l’exploitation minière criminelle » en Ituri. Elle accuse directement l’État congolais de complicité dans l’insécurité chronique de la province, fustigeant les quatre années d’état de siège comme une période marquée par les massacres, les déplacements de population et la manipulation de groupes armés.

Selon plusieurs sources concordantes, Thomas Lubanga serait à l’origine de cette nouvelle organisation. Cette résurgence inquiète la société civile et les observateurs internationaux, alors que Lubanga est encore largement associé aux pires exactions du conflit iturien entre 1999 et 2007. Fondateur de l’Union des patriotes congolais (UPC) et de sa branche armée, la Force patriotique pour la libération du Congo (FPLC), il avait été arrêté en 2006 et transféré à La Haye, où il fut reconnu coupable en 2012 d’avoir enrôlé et utilisé des enfants soldats. Il a purgé une peine de 14 ans, ramenée à 8 avec les remises de peine, et a été libéré en 2020.

Mais loin de s’effacer, Lubanga est aujourd’hui accusé par le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC (rapport de janvier 2025) de soutenir militairement les groupes armés Zaïre et M23, très actifs en Ituri et au Nord-Kivu. Cette réapparition coïncide avec le renforcement de l’influence militaire de l’Ouganda dans la région. Kampala justifie son déploiement par la lutte contre les ADF et les miliciens CODECO, mais de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une stratégie d’expansion déguisée.

Les liens historiques entre Lubanga et les cercles sécuritaires ougandais ne sont pas nouveaux. Ancien cadre du RCD-ML, un mouvement pro-Kampala durant la Deuxième Guerre du Congo, Lubanga fut également ministre de la Défense de ce groupe avant de fonder l’UPC. En 2002, il prend militairement Bunia, capitale de l’Ituri, et tente d’en faire une province autonome sous contrôle hémas. Entre 2002 et 2003, Human Rights Watch accuse l’UPC d’avoir massacré des centaines de civils, détruit des dizaines de villages et enrôlé près de 3 000 enfants âgés de 8 à 15 ans.

Aujourd’hui, le retour de Lubanga à travers la CRP s’inscrit dans un climat de tensions accrues. Le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président Museveni, a récemment qualifié CODECO d’« armée du Diable » et affirmé vouloir en éliminer 10 000 membres. La mort, il y a quelques jours, du colonel David Byaruhanga, commandant de la 409e brigade de l’UPDF basée à Arua, lors de combats à Fataki, a encore renforcé la posture offensive de l’Ouganda en Ituri.

Sur le plan rhétorique, le discours de la CRP semble aligné avec celui de Muhoozi : dénonciation du pouvoir de Kinshasa, justification d’une action armée, mise en avant d’un langage identitaire, voire messianique. Le risque d’une nouvelle convergence entre rébellion interne et soutien extérieur est désormais pris au sérieux.

Le gouvernement congolais n’a, pour l’instant, pas officiellement réagi à la création de la CRP ni au retour de Thomas Lubanga. Mais pour de nombreux Congolais, son nom reste associé à une période sanglante, et son retour sur le devant de la scène est perçu comme une provocation et une menace directe à la paix fragile dans l’Est du pays.