RDC : Retour discret de Joseph Kabila à Goma

Par Marc Matabaro

L’ancien président congolais Joseph Kabila, accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles du M23, a effectué un retour remarqué en République Démocratique du Congo en passant par Kigali, capitale du Rwanda, avant de rejoindre discrètement Goma, ville contrôlée depuis deux mois par ce groupe rebelle soutenu, selon l’ONU, par Kigali. Ce retour suscite de nombreuses interrogations sur le rôle exact du Rwanda, accusé par Kinshasa et plusieurs pays occidentaux d’appuyer directement le M23.

Selon des sources concordantes proches du M23 et de l’entourage de l’ancien chef d’État, Joseph Kabila est arrivé à Goma le vendredi 18 avril par la « grande barrière », poste-frontière reliant Gisenyi, au Rwanda, à Goma. Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, a confirmé indirectement sa présence, soulignant que Joseph Kabila, en tant que citoyen congolais, jouit du droit constitutionnel de se déplacer librement dans le pays.

La présence de Joseph Kabila dans une zone contrôlée par le M23 et considérée par Kinshasa comme une région sous occupation rwandaise alimente les spéculations. Certains observateurs estiment que ce retour pourrait servir à alléger la pression internationale exercée sur le Rwanda, accusé de violations de souveraineté congolaise, tout en justifiant indirectement les défaites militaires récentes des FARDC face au M23. Des questions émergent également quant à une possible complicité de longue date entre Kabila, ses fidèles au sein des forces de sécurité congolaises et le groupe rebelle, notamment depuis la création de l’AFC en collaboration avec Corneille Nangaa.

En effet, ayant dirigé la RDC pendant 18 ans, Joseph Kabila a longtemps été le chef suprême des services de sécurité qui se montrent aujourd’hui incapables de contenir les avancées du M23. Son retour amène donc à se demander depuis quand exactement son implication avec ce groupe rebelle remonte, et dans quelle mesure son influence interne pourrait avoir facilité les récentes victoires du mouvement.

Kabila prévoit de s’exprimer bientôt publiquement afin de préciser ses intentions et sa vision concernant la crise actuelle. Toutefois, sa venue dans l’est pose aussi la question de ses objectifs réels, notamment quant à son influence politique régionale et ses relations avec plusieurs dirigeants de pays membres de la SADC, qui ont jusqu’ici largement soutenu le président Félix Tshisekedi face à la crise sécuritaire à l’Est.

Par ailleurs, ce retour intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des perquisitions menées récemment par les autorités congolaises dans une propriété de Kabila à Kinshasa. Son épouse, Marie Olive Lembe, a vivement dénoncé ces opérations qualifiées de pillages, accentuant encore davantage les tensions internes.

Dans ce climat d’incertitude, tout le monde observe avec attention l’évolution de la situation et l’impact éventuel du retour de Kabila sur les négociations en cours sous l’égide du Qatar entre les autorités congolaises et le M23.