RDC : Joseph Kabila visé par des poursuites pour haute trahison, le PPRD suspendu sur tout le territoire

Par Ben Barugahare

Kinshasa, 20 avril 2025 – L’ancien président Joseph Kabila Kabange est désormais au cœur d’un séisme politique et judiciaire en République démocratique du Congo. Accusé de haute trahison pour sa  complicité dans l’agression militaire rwandaise à travers le mouvement M23/AFC, il fait l’objet de poursuites judiciaires, tandis que son parti, le PPRD, a été suspendu sur l’ensemble du territoire.

La situation a pris une tournure dramatique depuis la publication, le 19 avril, de deux communiqués officiels. Le ministère de la Justice a annoncé avoir ordonné à l’Auditeur général des FARDC et au Procureur général près la Cour de cassation de poursuivre Joseph Kabila ainsi que ses complices du PPRD/FCC. Ils sont accusés d’avoir participé directement à la stratégie rwandaise d’occupation du Nord-Kivu via le M23/AFC, un mouvement qualifié de terroriste par Kinshasa. Des mesures de saisie de biens et des restrictions de mouvement ont été également ordonnées contre tous les membres du parti impliqués.

Dans la foulée, le ministère de l’Intérieur a, quant à lui, dénoncé l’attitude jugée « ambiguë » de l’ancien chef de l’État, soulignant son silence persistant sur les agressions du M23, ainsi que sa récente arrivée à Goma, ville contrôlée de fait par les forces rwandaises et leurs alliés. Selon plusieurs sources citées par RFI, Joseph Kabila aurait transité par Kigali avant de se rendre dans la capitale provinciale du Nord-Kivu. Cette visite, qui n’a fait l’objet d’aucune communication officielle de la part de l’ancien président, alimente les soupçons de collusion.

À Kinshasa, les autorités judiciaires sont passées à l’action. Le jeudi 17 avril, une perquisition minutieuse a eu lieu dans la résidence de Joseph Kabila à Limete. Treize conteneurs ont été recensés sur place, dont cinq ouverts par les agents. Ils contenaient principalement des pièces de rechange utilisées à des fins logistiques, selon plusieurs sources présentes. Aucune pièce compromettante n’a été saisie à ce stade, mais la surveillance demeure active. Quatre militaires ont passé la nuit sur les lieux, en présence d’un avocat de la famille Kabila.

Par ailleurs, des rumeurs ont circulé concernant une descente au parc animalier de la Vallée de la N’Sele, propriété de l’ancien président. Des responsables du domaine ont confirmé avoir été informés d’une telle opération, mais les services de sécurité, interrogés par RFI, ont démenti toute action en cours.

Ce contexte judiciaire s’inscrit dans une atmosphère politique explosive. Des interrogatoires ont récemment été menés par l’auditorat militaire à l’encontre de plusieurs cadres du PPRD. Leurs téléphones ont été saisis et examinés. Le secrétaire permanent du parti, Emmanuel Ramazani Shadary, dénonce un harcèlement systématique : « Nous sommes victimes d’un acharnement. Nous recevons même des appels anonymes nous avertissant que nous serons aussi perquisitionnés ».

À Lubumbashi, le climat est tout aussi tendu. Le 17 avril, des membres de la garde présidentielle ont pris position dans le centre commercial Hypnose, propriété de la famille Kabila. Cet événement a semé la panique, mais les autorités ont rapidement précisé qu’il ne s’agissait pas d’une perquisition : des tireurs d’élite cherchaient simplement à sécuriser les alentours du gouvernorat du Haut-Katanga, où séjourne actuellement le président Tshisekedi.

La République démocratique du Congo traverse un moment critique. Le bras de fer entre l’actuel pouvoir et l’ancien régime s’intensifie, sur fond de guerre à l’Est, de pressions internationales sur le Rwanda, et de reconfiguration politique nationale. Joseph Kabila, retiré depuis plusieurs années, se retrouve aujourd’hui placé au centre d’une tempête politique sans précédent depuis son départ du pouvoir.