RDC : la société civile dénonce l’occupation rwandaise

Par Marc Matabaro

Goma, le 18 avril 2025 – Une coalition composée de 79 dirigeants d’associations congolaises et d’avocats d’intérêt public a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour qu’elle cesse toute forme de soutien à l’occupation militaire de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) par le Rwanda et ses mandataires, notamment le M23.

Dans une lettre ouverte diffusée ce vendredi, la coalition, réunie sous le nom de Mobilisation pour la Sauvegarde de la Souveraineté et de l’Autonomie Congolaise (MOSSAC), accuse le gouvernement rwandais de soutenir activement les rebelles du M23 dans le but de piller les ressources minières congolaises, revendues ensuite comme produits rwandais sur les marchés internationaux. Cette exploitation, selon les signataires, est rendue possible grâce à l’appui financier et diplomatique de plusieurs pays occidentaux, ainsi que d’institutions comme l’Union européenne, la Banque mondiale ou encore certaines entreprises multinationales.

« Une occupation violente et meurtrière »

Les membres de MOSSAC affirment vivre sous une occupation marquée par une extrême violence. Dans leur lettre, ils dénoncent une série de crimes de guerre et de violations massives des droits humains, notamment des massacres, des exécutions sommaires, des disparitions, des violences sexuelles systémiques, ainsi que des assassinats ciblés de militants, journalistes et opposants.

« L’armée rwandaise et ses supplétifs du M23 ont tué des milliers de personnes lors de la seule prise de Goma », lit-on dans la lettre. Les signataires affirment que les violations se poursuivent à ce jour dans un climat d’impunité total.

Aline, avocate et mère de quatre enfants, témoigne de son quotidien à Bukavu : « Les enfants ne peuvent ni aller à l’école ni jouer dehors. Nous sommes à court d’argent, les banques sont fermées. Chaque nuit, des coups de feu résonnent. » Elle s’indigne aussi de la multiplication des viols collectifs, qualifiant la situation de « traumatisante pour nous tous ».

Un appel à cinq mesures urgentes

Dans son appel, la coalition MOSSAC demande à la communauté internationale de prendre cinq mesures immédiates :

  1. Démentir les récits mensongers utilisés par Kigali pour justifier l’invasion de la RDC ;
  2. Suspendre toute aide financière et diplomatique au Rwanda ;
  3. Empêcher l’achat et la commercialisation des minerais extraits illégalement en RDC ;
  4. Bloquer l’importation d’armes par le Rwanda ;
  5. Faire appliquer la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige le retrait immédiat du M23 et des troupes rwandaises.

La communauté internationale interpellée

Selon Aaron, directeur d’une organisation d’aide aux déplacés, la situation humanitaire est alarmante. Il évoque la destruction récente de camps de déplacés par les rebelles, privant des milliers d’enfants d’un abri et d’un accès à la nourriture. « Ce retour forcé dans des zones instables est une violation flagrante des principes internationaux de protection des déplacés », affirme-t-il.

Laurent, militant autochtone basé à Goma, décrit une vie « sous terreur » : « Chaque matin, on retrouve des cadavres. Nous manquons de nourriture, d’eau, et de médicaments. Ils prétendent nous libérer, mais en réalité, ils nous étranglent. »

Jacqueline, avocate en droits humains, dénonce quant à elle l’hypocrisie occidentale : « Si l’Occident cessait de soutenir militairement le Rwanda, nous pourrions défendre notre pays nous-mêmes. »

Une lettre qui rompt le silence

Ce cri d’alarme intervient dans un contexte où les violations commises par les forces du M23, largement soutenues par Kigali, ont été à nouveau documentées par les Nations unies, notamment dans la résolution 2773 adoptée en février dernier. Le Conseil de sécurité y appelle à un cessez-le-feu immédiat et au retrait du M23.

Le message porté par MOSSAC est clair : l’occupation militaire de l’est de la RDC est insoutenable et son maintien serait impossible sans la complicité passive – ou active – de certains gouvernements et institutions internationales. La société civile congolaise, malgré les risques, brise le silence et réclame justice.