Kinshasa, 25 avril 2025 – Alors que la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé une déclaration de principes sous l’égide du Qatar et des États-Unis, le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, a salué l’initiative tout en exprimant de vives réserves sur la suite du processus.
Dans une déclaration rendue publique ce vendredi, Mukwege rappelle que la population congolaise, notamment dans l’Est du pays, continue de subir une crise humanitaire majeure, exacerbée par la résurgence du M23, mouvement soutenu par le régime de Kigali depuis novembre 2021. Pour le gynécologue engagé, la publication du 23 avril et la signature de l’accord de principes constituent certes un premier pas vers la paix, mais suscitent de nombreux questionnements.
Le médecin dénonce l’absence d’application rigoureuse des résolutions internationales, notamment celle du Conseil de sécurité de l’ONU (résolution 2773) exigeant un cessez-le-feu immédiat, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, et le démantèlement des administrations parallèles établies dans les zones occupées. À ses yeux, il n’est pas nécessaire de conditionner davantage la mise en œuvre de ces mesures qui s’imposent déjà en droit international.
Mukwege pointe également l’échec des précédentes trêves signées dans le cadre des processus de Luanda et Nairobi, dénonçant la « mauvaise foi flagrante » des forces d’occupation et leur stratégie de « talk and fight ». Selon lui, les pourparlers en cours, bien qu’encadrés par le Qatar et les États-Unis, manquent de transparence, ce qui risque d’affaiblir la confiance des populations congolaises épuisées par des décennies de manipulation et d’agressions répétées.
Sur le plan international, Mukwege se félicite des sanctions décidées récemment par les États-Unis et l’Union européenne contre le Rwanda, ainsi que de la suspension de l’aide internationale au régime de Kigali par plusieurs États. Il estime cependant que la pression diplomatique doit s’intensifier pour obtenir un véritable changement sur le terrain, en imposant la paix à travers des sanctions fortes et coordonnées.
Le prix Nobel insiste sur l’importance d’une meilleure coordination multilatérale des initiatives de paix. Il appelle à soutenir le mandat confié le 12 avril par l’Union africaine au président togolais Faure Gnassingbé pour redynamiser les efforts diplomatiques et consolider une sortie de crise durable.
En matière de justice, Mukwege exhorte à tirer les leçons des erreurs du passé, rappelant que les accords motivés par des intérêts à court terme n’ont jamais apporté la paix durable. Il milite pour une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle, saluant la création par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU d’une commission d’enquête sur les crimes graves commis en RDC.
Conscient que la crise comporte également une dimension interne, Mukwege estime néanmoins que toute solution durable doit passer d’abord par la fin de l’agression extérieure. Ce n’est qu’à cette condition, affirme-t-il, que des solutions intra-congolaises pourront émerger, dans l’esprit du Pacte social pour la paix initié par la CENCO et l’ECC.
« Aucun État n’est au-dessus du droit international », martèle Denis Mukwege, pour qui la justice reste la seule voie possible pour briser le cycle infernal de la violence et de l’impunité dans les Grands Lacs africains.






















































