RDC–Rwanda: une coalition congolaise dénonce un accord de paix qui menace la souveraineté nationale

Une coalition de 79 organisations de la société civile et d’avocats congolais, réunie sous le nom de MOSSAC (Mobilisation pour la Sauvegarde de la Souveraineté et de l’Autonomie Congolaises), tire la sonnette d’alarme. Dans une déclaration rendue publique le 26 mai 2025, elle dénonce le processus de négociation actuellement en cours entre la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et les États-Unis, sous l’égide de l’administration Trump. Pour les signataires, ce prétendu “accord de paix” masque un projet d’exploitation économique et de mise sous tutelle de l’est congolais.

Une paix sous condition et sous influence

Le point de départ de cette déclaration est la signature, le 25 avril dernier à Washington, d’une “Déclaration de principes” entre Kinshasa et Kigali, en présence du secrétaire d’État américain. Derrière ce texte, on retrouve l’idée d’un échange entre paix et accès aux ressources stratégiques congolaises, notamment les minerais. Le conseiller spécial de Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, parle d’un accord « minéraux contre sécurité » censé profiter à toutes les parties.

Mais pour MOSSAC, il s’agit d’un faux-semblant : “un accord d’affaires, d’influence et d’exploitation, déguisé en diplomatie”, dans lequel la souveraineté congolaise serait sacrifiée au profit d’intérêts étrangers. Le texte n’apporte, selon eux, aucune garantie crédible de désescalade, de justice ni de restauration de l’autorité congolaise sur son territoire.

Goma et Bukavu sous occupation

La déclaration rappelle que les villes de Goma et Bukavu, deux capitales provinciales de l’est du Congo, sont actuellement sous occupation militaire du M23 et de l’AFC, deux mouvements soutenus activement par Kigali. Une situation qui, selon les ONG, viole le droit international et rend les négociations actuelles illégitimes tant que le retrait des troupes étrangères n’a pas eu lieu.

Le 18 mai 2025, le colonel Kanyami Bwalewa du M23 déclarait à Goma : « La guerre n’est pas terminée car nous n’avons pas encore atteint notre objectif ». Cette phrase, prononcée lors d’un culte organisé pour “célébrer” la prise de la ville, est citée par MOSSAC comme preuve que la trêve convenue récemment n’a aucune valeur sans mécanisme de contrôle.

Les cinq exigences de MOSSAC

Dans sa déclaration, MOSSAC énumère cinq exigences fondamentales pour tout accord de paix :

  1. Des mécanismes clairs et neutres pour le cessez-le-feu : pas d’accord sans retrait préalable des troupes étrangères et des groupes armés soutenus par Kigali.
  2. La fin de l’impunité : aucun pardon ne doit être accordé aux auteurs de crimes de guerre, de viols, de pillages ou de massacres.
  3. Un processus démocratique : la société civile et les institutions congolaises doivent être pleinement associées aux négociations.
  4. Le respect de l’intégrité territoriale et des ressources congolaises : pas de cogestion avec le Rwanda des barrages, parcs nationaux ou chaînes d’approvisionnement minier.
  5. La souveraineté militaire : refus catégorique de la présence de mercenaires étrangers ou de l’intégration des rebelles du M23 dans l’armée nationale.

Le document cite les propos de Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, qui appelle à ne pas céder au chantage des armes et à exiger la justice comme préalable à la paix. MOSSAC rappelle également qu’un vote du Parlement congolais en 2022 interdit formellement l’intégration des éléments de groupes terroristes dans les forces armées.

Un “business deal” imposé sous menace

Selon les signataires, l’accord en préparation donnerait à Kigali et à Washington un accès facilité aux ressources congolaises sous couvert de développement. La co-gestion des parcs nationaux comme Virunga ou Kahuzi-Biega, les projets communs d’hydroélectricité et l’introduction d’investisseurs américains dans les mines de l’est sont autant de dispositifs qui, selon MOSSAC, ouvrent la voie à une exploitation légalisée de la RDC par ses agresseurs.

Le recours prévu à des sociétés privées de sécurité, comme celle d’Erik Prince, ancien patron de Blackwater, est également dénoncé. L’idée que des mercenaires étrangers protègent des mines au nom de “l’ordre” est jugée inacceptable et dangereuse.

Une crise existentielle

La déclaration se conclut en affirmant que la souveraineté de la RDC est en péril. Les termes du projet d’accord légitiment, selon MOSSAC, une politique de conquête et d’appropriation des ressources, au détriment du peuple congolais. Elle appelle donc à la mobilisation pacifique, à la transparence parlementaire, et au rejet de tout accord signé sans consultation nationale.

Pour ces organisations, le choix imposé entre la poursuite de la guerre ou la capitulation économique n’est pas acceptable. Elles réclament un accord fondé sur le droit, la justice, la souveraineté et la dignité.