Paris, 20 juin 2025 – L’arrestation nocturne de l’opposante rwandaise Victoire Ingabire Umuhoza par les services de sécurité rwandais, survenue le 19 juin aux environs de 21h, suscite une vive inquiétude au sein de la société civile. Dans un communiqué publié ce vendredi, l’Observatoire des droits de l’homme au Rwanda (ODHR) dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation flagrante de la justice à des fins politiques.
Selon l’ODHR, Mme Ingabire a été convoquée par téléphone le 16 juin par un greffier de la Haute Cour pour une comparution fixée au 19 juin, en vertu de l’article 106 du Code de procédure pénale. Aucun acte écrit, ni acte d’accusation formel, n’a été émis. Elle a comparu librement à l’audience, mais son audition aurait été délibérément rendue confuse par les juges et procureurs, menant à l’ordre d’ouverture d’une enquête. Celle-ci a aussitôt débouché sur son arrestation dans la soirée même, par le Bureau rwandais d’enquête (RIB).
L’organisation rappelle que cette arrestation viole plusieurs dispositions du Code de procédure pénale rwandais. L’article 96 stipule que:” …Lorsqu’il (elle) n’était pas en détention ou lorsqu’il (elle) est en liberté avant que la juridiction ne soit saisie pour connaître du fond de l’affaire, il (elle) est jugé(e) étant en liberté”. Quant à l’article 50, il interdit les perquisitions après 18h sauf en cas de flagrant délit, ce qui ne peut s’appliquer à une affaire remontant à plusieurs années.
Mme Ingabire est citée dans le procès de Sylvain Sibomana et de plusieurs membres du parti DALFA-Umurinzi, auquel elle appartient. Ils sont accusés d’avoir mené une formation sur les méthodes de changement pacifique d’un régime autoritaire. Le journaliste Théoneste Nsengimana, également poursuivi, devait couvrir l’événement « Ingabire Day », journée dédiée à la défense des prisonniers politiques et d’opinion.
Dans son communiqué, Laurent Munyandilikirwa, président de l’ODHR, alerte sur un climat de répression généralisée à l’encontre des opposants, journalistes, youtubeurs et militants des droits humains. Il évoque notamment les cas de Karasira Aimable, Idamange Yvonne, Cyuma Hassan, et d’autres figures victimes d’arrestations arbitraires, de disparitions ou de tortures en détention.
« Le gouvernement rwandais doit libérer Victoire Ingabire et respecter les lois qu’il a lui-même adoptées », déclare M. Munyandilikirwa. Il appelle les organisations internationales, les missions diplomatiques et les partenaires du Rwanda à ne pas détourner le regard et à exiger la libération de tous les prisonniers d’opinion.
Ce nouvel épisode vient confirmer les préoccupations de longue date sur l’absence d’État de droit au Rwanda, où l’acharnement judiciaire est régulièrement dénoncé comme une arme contre la contestation.























































