Rwanda-RDC : Des voix de l’opposition en exil appellent à une paix inclusive et démocratique

Par Marc Matabaro

Bruxelles/Ottawa – 20 juin 2025: À quelques jours d’une nouvelle tentative de signature d’un accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, trois organisations de l’opposition rwandaise en exil – ARC-Urunana, RDI-Rwanda Rwiza et l’Institut Seth Sendashonga – ont publié un communiqué commun appelant à une intégration urgente de l’opposition politique et de la société civile rwandaise dans le processus de paix.

Les signataires, à savoir Maximilien Sikubwabo pour ARC-Urunana (basé à Ottawa), Hildebrand Kayibanda pour RDI-Rwanda Rwiza (Bruxelles), et Jean Claude Kabagema pour l’Institut Seth Sendashonga (Bruxelles), affirment suivre de près les négociations en cours, tout en dénonçant les multiples reports de signature, notamment celui du 15 décembre 2024 à Luanda. Le prochain rendez-vous, prévu à Washington le 27 juin 2025, reste incertain.

Selon eux, ces retards successifs ne relèvent pas de simples imprévus diplomatiques, mais traduisent une volonté manifeste du régime rwandais d’éviter toute obligation contraignante impliquant des réformes internes ou l’ouverture démocratique. « Ce comportement remet en cause la crédibilité même du processus de paix », écrivent-ils dans leur déclaration conjointe.

Les représentants des trois entités estiment qu’un accord durable ne peut être envisagé sans la démocratisation du Rwanda. « Il ne peut y avoir de paix régionale durable sans démocratie au Rwanda. » Ils dénoncent l’absence de dialogue pluraliste, la répression systématique des voix dissidentes, et un verrouillage total du paysage politique.

Leur message est clair : un accord conclu sans une véritable inclusion politique ne ferait que produire une paix fragile, sans légitimité ni soutien populaire. Ils en appellent aux médiateurs, aux partenaires internationaux et aux États concernés afin qu’ils :

  1. Garantissent la participation de l’opposition politique rwandaise aux discussions de paix.
  2. Conditionnent toute avancée réelle à des réformes démocratiques au Rwanda.
  3. Défendent les libertés fondamentales et le principe de l’alternance politique comme piliers non négociables du processus.

Le communiqué met en garde contre une paix imposée par le haut, sans transformation démocratique véritable. Selon eux, seule une gouvernance légitime et inclusive, fondée sur le respect des droits humains, peut assurer la stabilité régionale à long terme.

En toile de fond de ce message se trouve un rappel historique douloureux : le 16 mai 2025 a marqué le 27e anniversaire de l’assassinat de Seth Sendashonga, ancien ministre de l’Intérieur du Rwanda, abattu à Nairobi. L’Institut qui porte son nom rappelle que Paul Kagame lui-même s’est vanté publiquement d’avoir commandité ce meurtre, qui visait un homme engagé pour la démocratie, la réconciliation et les droits humains.

Le communiqué souligne que la guerre que mène le Rwanda à l’est de la RDC, aujourd’hui condamnée par une partie de la communauté internationale, s’inscrit dans la continuité d’une politique prédatrice menée depuis 1994. Les signataires y voient une stratégie visant à piller les richesses minières du Congo, au prix de la souffrance de populations civiles congolaises et rwandaises.

Face à l’isolement croissant de Kigali sur la scène internationale, à l’aggravation de la pauvreté et à la montée des sanctions économiques, l’appel lancé par Sikubwabo, Kayibanda et Kabagema se veut un cri d’alarme : seule une paix construite sur la vérité, la justice, la liberté et l’égalité pourra sortir la région de l’impasse.