Rwanda : Paul Kagame reçoit Olusegun Obasanjo, médiateur sur la crise en RDC, dans un contexte de rumeurs persistantes sur sa santé

Par Ben Barugahare

KIGALI – Ce mardi après-midi, le président rwandais Paul Kagame a reçu en audience Olusegun Obasanjo, ancien chef d’État nigérian, dans ses bureaux de Village Urugwiro. Selon un communiqué officiel, les deux hommes ont échangé sur la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, sur le continent africain en général, et sur les dynamiques globales. Cette rencontre intervient dans un climat de spéculation intense autour de la santé du chef de l’État rwandais, qui n’était plus apparu en public depuis près de trois semaines.

Olusegun Obasanjo a été désigné en début d’année comme l’un des médiateurs dans le dossier complexe des violences persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo. Sa venue à Kigali laisse penser que des discussions discrètes se poursuivent entre les parties prenantes, au moment où la communauté internationale tente de relancer un processus de paix dans la région du Kivu, en proie à des affrontements entre les FARDC, les groupes armés locaux et le M23 soutenu par Kigali selon plusieurs rapports onusiens.

Mais cette visite diplomatique a été éclipsée sur les réseaux sociaux par un regain de spéculations sur l’état de santé de Paul Kagame. Depuis le 6 juin, date de sa dernière apparition publique lors d’une rencontre avec un groupe d’élèves et d’encadrants de l’école Hope Haven Christian School à Kigali, le président était resté invisible, alimentant les rumeurs de maladie grave, voire de décès.

Un faux communiqué, diffusé lundi soir sur les réseaux sociaux, prétendument émis par les Forces de défense rwandaises (RDF), affirmait que le président Kagame serait dans un état critique. L’armée rwandaise a immédiatement réagi en qualifiant ce document de « Fake News » et d’« information mensongère », sans toutefois préciser davantage sur la situation réelle du président.

La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, citée par le média local Taarifa, a tenté de rassurer en déclarant que « le président va bien et prend simplement un congé régulier », avant d’ajouter qu’il n’y a « pas lieu de s’inquiéter ».

Ces affirmations n’ont pas suffi à éteindre la polémique. L’absence prolongée du président dans un contexte de tension régionale a nourri l’inquiétude, même dans les rangs de ses partisans. Plusieurs d’entre eux, habituellement très actifs sur les réseaux sociaux, s’étaient murés dans le silence ces derniers jours, certains exprimant ouvertement leur désarroi. D’autres, dans des publications particulièrement virulentes, ont tenu des propos menaçants envers les opposants politiques, allant jusqu’à suggérer qu’en cas de décès de Kagame, des massacres pourraient viser les populations hutu, prétendant que le président serait le seul rempart contre une telle violence.

Pour de nombreux analystes, cette réaction traduit un malaise profond et une fragilité au sein du cercle rapproché du pouvoir. « Le soulagement affiché depuis la publication des images de la rencontre avec Obasanjo est un signe évident que même les plus fervents soutiens de Kagame doutaient de sa situation. Ce climat d’incertitude révèle à quel point l’information autour du président est verrouillée, et à quel point le régime repose sur sa figure personnelle », commente un politologue basé à Nairobi.

En l’absence de preuve tangible sur l’état de santé de Paul Kagame, les autorités rwandaises semblent décidées à reprendre la main sur la communication présidentielle. Mais cette affaire soulève des interrogations sur la succession au sein du régime et sur la stabilité d’un pouvoir fortement personnalisé. Sans clarification transparente sur la santé du chef de l’État, le doute risque de continuer à alimenter les spéculations au sein de l’opinion rwandaise et internationale.