Washington 26 Juin 2025– À la veille de la signature attendue d’un accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, les lignes bougent, mais pas dans le sens espéré par Kinshasa. Selon des sources diplomatiques relayées par l’agence Reuters, les négociateurs congolais auraient finalement renoncé à exiger un retrait immédiat des troupes rwandaises présentes dans l’est du Congo, un point qui constituait jusqu’ici un préalable non négociable pour les autorités de Kinshasa.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a lui-même confirmé que le projet d’accord « ne contient aucune mention des ‘troupes rwandaises’, ni de ‘RDF’ [Rwanda Defence Force], ni de retrait immédiat des ‘mesures défensives’ ». Il réfute ainsi un article publié plus tôt par Africa Intelligence qui affirmait l’inverse.
Depuis plusieurs mois, la communauté internationale, menée par les États-Unis, cherche à arracher un accord entre les deux voisins rivaux, dont les tensions ont ressurgi avec la résurgence de la rébellion du M23, soutenue selon plusieurs rapports de l’ONU et de diplomates par Kigali. Le Rwanda, qui nie toute implication directe, affirme intervenir uniquement pour se défendre contre la menace posée par les FDLR, un groupe armé hutu rwandais basé dans l’est de la RDC depuis la fin du génocide de 1994.
Les négociations ont connu une inflexion ces derniers jours. D’après trois diplomates et un officiel congolais interrogés sous anonymat, la dernière version du projet d’accord prévoirait un retrait progressif des troupes rwandaises, étalé sur plusieurs mois, et conditionné à la neutralisation du FDLR par l’armée congolaise ou par des opérations conjointes. Cette formule, jugée plus souple, semble répondre aux exigences de Kigali, qui refuse toute notion de « retrait unilatéral » de ce qu’elle qualifie de « mesures défensives ».
Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, a confirmé que toute levée des mesures sécuritaires dépendrait de « l’élimination de la menace représentée par les FDLR ».
Du côté congolais, les autorités n’ont pas encore officiellement réagi à ce tournant dans les pourparlers. Mais plusieurs analystes estiment que Kinshasa pourrait s’être résolu à faire des concessions afin de garantir une avancée diplomatique et attirer les investissements occidentaux dans les secteurs miniers. L’accord, selon les premières fuites, viserait également à instaurer un cessez-le-feu, interdire tout soutien aux groupes armés non étatiques, et mettre en place un mécanisme de vérification du retrait des troupes et du démantèlement du M23.
En toile de fond, les intérêts économiques pèsent lourd. Washington, principal médiateur dans ce processus, espère stabiliser la région et sécuriser l’accès aux minerais stratégiques comme le cobalt, le lithium et le tantale, essentiels pour l’industrie technologique occidentale.
Mais cette dynamique inquiète certains observateurs. Pour un analyste régional cité par nos soins, « le Rwanda gagne encore une manche dans son double jeu. Son objectif final n’a jamais changé : annexer de fait une partie de l’est du Congo, soit par occupation directe, soit par administration proxy via le M23. Tout le reste n’est que tactique et gestion des obstacles ».
La signature officielle de l’accord est prévue ce vendredi à Washington, mais les critiques montent déjà quant à sa portée réelle. Sans engagement clair sur le retrait des forces rwandaises et la fin du soutien aux groupes armés, le risque est grand que le texte reste une déclaration d’intention sans véritable effet sur le terrain.


























































