RDC : Denis Mukwege fustige l’accord de paix signé à Washington et dénonce une trahison de la souveraineté congolaise

Par Ben Barugahare

Dr Denis Mukwege

Woluwe-Saint-Lambert, 27 juin 2025 – À la veille de la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), le Dr Denis Mukwege a lancé un réquisitoire sans concession contre l’accord de paix signé la veille entre Kinshasa et Kigali, sous l’égide des États-Unis. Lors d’une soirée-concert organisée à Wolubilis en soutien à l’hôpital de Panzi, le prix Nobel de la paix a dénoncé une entente qui, selon lui, sacrifie la justice, la souveraineté et l’avenir du peuple congolais.

« Notre pays n’est toujours pas réellement indépendant », a déclaré d’entrée le célèbre gynécologue, en citant le pape François qui, lors de sa visite à Kinshasa en 2023, avait dénoncé les formes modernes de colonialisme subies par la RDC : politique, économique, et militaire. Mukwege affirme que les accords de paix antérieurs ont échoué précisément parce qu’ils ont toujours fait l’impasse sur la justice, intégrant des chefs de guerre dans les institutions nationales et sacrifiant la vérité sur l’autel d’un apaisement de façade.

Il accuse l’accord signé à Washington d’être « fondé sur une logique transactionnelle » plutôt que sur une reconnaissance claire de l’agression subie par la RDC depuis trois décennies. Il pointe du doigt le Rwanda, qu’il qualifie à plusieurs reprises d’« État agresseur », l’accusant d’entretenir et de contrôler le M23, un groupe armé actif dans l’Est congolais, responsable selon lui de massacres, de déplacements de populations et de viols massifs.

L’accord, estime Mukwege, entérine l’impunité du Rwanda tout en légitimant son emprise économique sur les ressources naturelles du Congo. Il critique particulièrement la « cogestion des minerais » prévue par le texte, qu’il présente comme un bradage au profit du Rwanda, avec l’aval du gouvernement congolais. « Le régime de Kinshasa a abandonné sa souveraineté entre les mains des forces d’agression », a-t-il martelé, y voyant une trahison manifeste envers la population.

Mukwege avertit que ce type d’accord risque de reproduire les erreurs du passé en ignorant les causes profondes du conflit : la justice, la vérité et la souveraineté populaire. Il s’oppose fermement à ce qu’il perçoit comme une privatisation de la paix par les puissances étrangères, en particulier Washington, dont l’approche bilatérale exclut les autres acteurs régionaux et internationaux. Il appelle à une conférence internationale inclusive, avec la relance de l’accord-cadre d’Addis-Abeba signé en 2013, et la participation des Nations unies, de l’Union européenne, de la Belgique, de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis.

Face à ce qu’il considère comme une mascarade diplomatique, Mukwege en appelle directement au peuple congolais. Il évoque la possibilité d’« une véritable révolution démocratique » si les institutions ne respectent ni la Constitution ni le droit international. Il exhorte les Congolais à ne pas accepter la soumission et à se lever pour défendre leur dignité et leur liberté.

« Je compte sur vous pour inverser le cours de cette histoire tragique », a-t-il conclu, ému, devant un public debout.