Bruxelles : Les réfugiés rwandais exigent une reconnaissance politique et une protection internationale

By Marc Matabaro

Bruxelles, samedi 21 juin 2025 – À l’issue d’une journée de réflexion intense tenue dans la capitale belge, les participants à la Conférence générale sur la question des réfugiés rwandais ont adopté une déclaration finale sans équivoque. Cette déclaration, rendue publique à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, interpelle directement les institutions internationales, les États africains, les organisations de défense des droits humains, ainsi que l’opinion publique mondiale. Elle formule une série de constats accablants et de revendications urgentes, au nom de plus d’un million de Rwandais en exil prolongé, souvent sans statut légal ni protection effective.

Dès l’introduction, les auteurs de la déclaration dénoncent l’invisibilité persistante des réfugiés rwandais. Alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime leur nombre à environ 250 000, les organisateurs affirment que cette estimation est gravement inférieure à la réalité. Ils rappellent que des centaines de milliers de Rwandais ont été contraints d’adopter d’autres nationalités, ou vivent dans la clandestinité, notamment en République démocratique du Congo (RDC), sans papiers ou sous de fausses identités. Beaucoup ont été réduits au silence, dépourvus de protection, de représentation, et d’avenir.

Le texte dénonce en particulier la révocation arbitraire du statut de réfugié, accélérée par la mise en œuvre de la clause de cessation en 2013, en contradiction avec la Convention de Genève de 1951 et son Protocole de 1967. Selon les participants, le HCR, dans une posture jugée trop conciliante, se serait aligné sur les injonctions du gouvernement rwandais, au détriment des victimes. La déclaration pointe également les violences transfrontalières orchestrées par les services de Kigali : assassinats, disparitions, intimidations, y compris sur des territoires censés être protégés.

Les réfugiés rwandais, affirment les signataires, ont été traités comme des monnaies d’échange dans les négociations régionales, notamment dans le cadre des processus de paix à l’Est de la RDC. Sans être consultés ni représentés, ils sont systématiquement exclus des efforts de stabilisation, malgré leur rôle clé dans l’histoire et les dynamiques du conflit.

Les conditions de vie des réfugiés, en particulier dans les camps de l’Est congolais, sont décrites comme « déplorables » : pauvreté extrême, insécurité chronique, marginalisation sociale, et absence d’accès à l’éducation ou aux soins de santé. Une génération entière de jeunes Rwandais grandit sans identité, ni perspectives.

Face à cette situation, la déclaration énonce plusieurs revendications prioritaires :

  1. Rétablissement immédiat du statut de réfugié pour tous les exilés rwandais involontaires, et abandon de toutes les mesures de cessation.
  2. Inclusion directe des réfugiés dans les processus de paix en cours, notamment :
    • Le processus de Nairobi/Luanda, mené par la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ;
    • Le processus de Washington, sous l’égide des États-Unis ;
    • Le processus de Doha, médiatisé par l’État du Qatar.

Les signataires exigent l’ouverture d’un canal de dialogue officiel entre les représentants des réfugiés et le gouvernement rwandais, en vue d’un retour volontaire, sécurisé et durable. Ce retour, précisent-ils, doit être encadré par des réformes concrètes et garanties dans les domaines de la justice, de la sécurité, des institutions et des libertés politiques.

Ils demandent également la fin immédiate des rapatriements forcés, en particulier depuis les zones de conflit à l’Est de la RDC. De telles expulsions sans consentement libre et éclairé constituent, selon la déclaration, des violations graves du droit international humanitaire – notamment de l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève – et sont qualifiées de crimes de guerre.

La déclaration appelle la Cour pénale internationale (CPI), les Nations unies et les États garants du droit international à se mobiliser d’urgence pour enquêter, sanctionner et protéger les populations concernées.

Face à l’inaction des institutions internationales, les réfugiés sont invités à s’organiser de manière autonome. La déclaration recommande la création :

  • de comités de coordination locaux dans chaque camp ou communauté d’accueil ;
  • de plateformes de concertation nationales dans les pays clés : RDC, Ouganda, Malawi, Mozambique, Zambie, Burundi, Cameroun, France, Belgique, Royaume-Uni, Canada, États-Unis, etc.

Ces structures doivent assurer la défense des droits, le suivi de la situation locale, le dialogue avec les acteurs internationaux, et la préparation d’un retour politique et logistique.

Le mouvement All For Rwanda est mentionné comme cadre de coordination structuré, pluraliste et engagé pour un changement politique pacifique. Les autres organisations signataires sont :

– SOS Réfugiés

– Victoire Foundation for Peace

– Jambo ASBL

– International Women’s Network for Democracy and Peace

Les signataires individuels de la déclaration sont :

– Dr Etienne MUTABAZI

– Dr Emmanuel MWISENEZA

– Dr Vincent BIZIMANA

– Norman Ishimwe SINAMENYE

– Mme Gloria UWISHEMA

– Mr Placide KAYUMBA

– Mme Kami RUNYINYA

– Mr Chaste GAHUNDE

– Mr Eustache HABUMUREMYI

En conclusion, les participants affirment que « le temps du silence, de l’invisibilité et de la résignation est terminé ». Ils en appellent à un sursaut de la communauté internationale, à une solidarité active, et à la reconnaissance pleine et entière des réfugiés rwandais comme des acteurs politiques légitimes. Ils tendent aussi une main au gouvernement de Kigali, pour ouvrir un dialogue crédible, sous garanties internationales, en vue d’un règlement pacifique et juste.

Ce 21 juin, affirment-ils, marque un tournant. Un moment de rupture avec l’abandon, et de reprise en main de leur propre avenir.