La tension monte autour du cas Victoire Ingabire Umuhoza, opposante politique rwandaise et présidente du parti DALFA-Umurinzi. Ce mardi 8 juillet 2025, elle a comparu devant le tribunal de première instance de Kagarama, à Kicukiro, pour une audience relative à sa demande de mise en liberté provisoire. Une audience sous haute surveillance, alors qu’un important dispositif sécuritaire armé encadrait son transfert depuis son lieu de détention à la station RIB.
Selon des sources judiciaires, Mme Ingabire avait été conduite au tribunal dès l’aube, bien avant 7h. L’audience proprement dite a débuté vers 10h30. Entourée de son avocat Me Gatera Gashabana, elle a soulevé deux objections majeures : l’impossibilité d’être assistée par un avocat kenyan de son choix, dont l’autorisation tarde à venir du Barreau rwandais, et le fait qu’elle n’a toujours pas eu accès à l’ensemble de son dossier.
Me Gashabana a insisté sur le droit fondamental d’un justiciable à choisir librement son conseil, soulignant qu’il représentait déjà neuf autres membres du parti DALFA également poursuivis pour des faits similaires, ce qui rendait sa disponibilité limitée. L’avocat a rappelé que le Rwanda, en tant que membre de la Communauté d’Afrique de l’Est, devait respecter la libre circulation et l’exercice des professions juridiques au sein des États membres.
Le ministère public a, de son côté, rejeté les arguments de la défense, arguant que la phase d’examen de la détention provisoire portait uniquement sur les risques de fuite, de subornation ou de récidive, et non sur le choix de l’avocat. Le tribunal, tout en reconnaissant que le Barreau est seul habilité à autoriser les avocats étrangers à plaider, a décidé de reporter l’audience au 15 juillet 2025, « afin d’éviter un retard préjudiciable à la justice ».
Par ailleurs, Me Gashabana a dénoncé les conditions difficiles dans lesquelles il tente de préparer la défense de sa cliente. Il affirme que lorsqu’il rend visite à Mme Ingabire, les agents du RIB confisquent temporairement son ordinateur portable et son téléphone, ce qui complique l’organisation du dossier.
Les charges qui pèsent sur Victoire Ingabire sont graves. Elle est accusée de tentative de renversement du gouvernement et de création d’un groupe armé, des accusations qui rappellent celles portées contre plusieurs de ses collaborateurs actuellement jugés.
Cette nouvelle arrestation intervient dans un contexte politique tendu. Le mois dernier, la Haute Cour avait ordonné au ministère public de rouvrir l’enquête contre Mme Ingabire, estimant insuffisantes les informations fournies jusque-là sur ses liens présumés avec les membres de son parti jugés pour atteinte à la sûreté de l’État.
D’après une source au sein du ministère public, d’autres personnes seraient actuellement recherchées dans le cadre du même dossier, soit comme complices, soit comme témoins à charge. Leurs identités n’ont pas encore été rendues publiques, mais toujours selon notre source, il s’agirait de personnes considérées comme proches de Mme Ingabire. Certaines d’entre elles seraient récemment entrées au Rwanda depuis l’étranger, peu après l’arrestation de la présidente de DALFA-Umurinzi.
Un haut fonctionnaire du Rwanda Investigation Bureau, interrogé sous couvert d’anonymat, a mentionné le nom de « Umuhoza » ou « Uwumuhoza » comme faisant partie des personnes activement recherchées. Il n’a toutefois pas précisé quel rôle exact cette personne aurait pu jouer.

En Belgique, les soutiens de Victoire Ingabire se sont mobilisés. Le dimanche 6 juillet, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés à la Place du Luxembourg à Bruxelles, devant le Parlement européen, pour réclamer sa libération et dénoncer la répression politique au Rwanda. Une protestation pacifique organisée par la diaspora rwandaise, qui a attiré l’attention sur la situation des prisonniers politiques dans leur pays d’origine.
Ce mardi 8 juillet également, un sit-in mensuel s’est tenu devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles. Bien que cette dernière soit fermée depuis le début de l’année — conséquence de la rupture des relations diplomatiques entre Kigali et Bruxelles — les militants ont maintenu leur mobilisation. Ils dénoncent « la dictature du régime de Paul Kagame » et demandent la libération non seulement de Mme Ingabire, mais également d’autres opposants emprisonnés.
Alors que la date du 15 juillet approche, le sort judiciaire de Victoire Ingabire reste incertain. Mais une chose est claire : son arrestation a ravivé la mobilisation de ses soutiens à l’intérieur comme à l’extérieur du Rwanda, dans un contexte où les libertés publiques semblent de plus en plus compromises.
























































