Rwanda–États-Unis : Kigali accepte d’accueillir 250 migrants expulsés d’Amérique

Par Marc Matabaro

Le Rwanda a accepté d’accueillir jusqu’à 250 migrants que les États-Unis souhaitent expulser de leur territoire, a confirmé le porte-parole du gouvernement rwandais auprès de l’agence Reuters.

En mai dernier, Kigali avait reconnu être en discussions avec Washington sur la possibilité d’accueillir certains migrants que les États-Unis ne souhaitent pas garder, et que leurs pays d’origine refusent ou tardent à reprendre.

Un responsable ayant requis l’anonymat a révélé que l’accord entre les deux pays a été signé en juin à Kigali, et que les autorités américaines ont déjà transmis une première liste de dix personnes qui feront l’objet d’une évaluation avant leur transfert.

Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, a déclaré : « Le Rwanda s’est entendu avec les États-Unis pour accueillir environ 250 migrants, dans un esprit de solidarité, car presque toutes les familles rwandaises ont connu l’exil. Nos valeurs sont fondées sur la réintégration et le soutien aux plus vulnérables. »

Elle précise que le Rwanda dispose des moyens nécessaires pour prendre en charge ces personnes, en leur offrant un hébergement, des soins médicaux, une formation et un accompagnement pour démarrer une nouvelle vie.

On ignore pour l’instant si Kigali utilisera les infrastructures construites dans le cadre de l’ancien projet, aujourd’hui abandonné, d’accueil de migrants expulsés du Royaume-Uni.

Du côté américain, aucune déclaration officielle n’a encore été faite sur ce nouvel accord.

Cette décision intervient alors que l’administration Trump cherche à expulser de nombreux étrangers présents illégalement aux États-Unis, y compris des personnes reconnues coupables de crimes graves. Certaines d’entre elles ont déjà été renvoyées vers des pays comme le Soudan du Sud ou l’Eswatini.

L’accord avec le Rwanda rappelle celui que Kigali avait signé avec le Royaume-Uni, mais qui fut annulé en 2024 à la suite de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement britannique. Ce précédent accord avait été largement critiqué par des ONG dénonçant le bilan du Rwanda en matière de droits humains.

Selon Washington, le transfert de migrants, y compris ceux ayant purgé leur peine ou non poursuivis, contribue à répondre à la crise migratoire. Les opposants à l’administration Trump accusent néanmoins cette politique de porter atteinte aux droits des migrants.

Reuters rapporte que les États-Unis verseront une aide financière au Rwanda dans le cadre de cet accord, bien que le montant exact de cette aide, convenue en juillet, n’ait pas été rendu public.

Les autorités précisent également que les migrants transférés auront la possibilité de choisir de rester ou non au Rwanda. Toutefois, le Rwanda n’accueillera que ceux ayant terminé leur peine ou ceux sans condamnation en cours, n’ayant pas d’accord pour détenir des prisonniers américains.

L’administration Trump aurait également sollicité d’autres pays, notamment africains, pour accueillir certains migrants ou anciens détenus indésirables. Le mois dernier, le Nigeria a publiquement rejeté la pression américaine visant à lui faire accepter des migrants vénézuéliens expulsés des États-Unis.

Selon le Wall Street Journal, les dirigeants du Liberia, du Sénégal, de la Mauritanie, du Gabon et de la Guinée-Bissau auraient été approchés par Washington au sujet de cette politique lors de récentes visites. On ignore pour l’heure si ces pays ont donné une réponse favorable.

D’autres pays africains, comme le Bénin, l’Eswatini et la Libye, ont également été sollicités par les États-Unis pour accueillir ces migrants.