Par RUGEMINTWAZA Erasme.

Le 27 mai 2021, Jour-J! Le jour où le Président Français Emmanuel Macron s’envole pour Kigali, au rendez-vous de Kagamé. Une visite symbolique, comme d’ailleurs la précédente de Sarkozy en 2010. Une visite qui selon les locataires de deux « States Houses » ouvre « une nouvelle page d’histoire » pour la France et le Rwanda sans pour autant en effacer celles du  passé. Mais cette  visite qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive va commencer par une ambiance un peu morose : Kagamé est absent et à l’aéroport et au mémorial de Gisozi ou le mot du jour est attendu!  Emmanuel Macron déterminé à enterrer la hache de la haine. Cette  visite est-elle réellement l’inauguration solennelle d’une amitié forte et durable, ou une simple embellie comme du temps de Sarkozy? Analysons les faits !

L’attitude hargneuse de Kagamé!

Qu’est ce qui pousse Kagamé d’être aussi froid que le marbre pendant la visite d’Emmanuel Macron, ce jeune président qui a actionné toutes les batteries pour réchauffer les relations politiques entre la France et le Rwanda, après 27 ans  de défiance mutuelle ? Le premier geste qui va déconcerter plus d’un est cet accueil froid  réservé au Président Emmanuel Macron à l’aéroport. En fait à son arrivée à Kigali, Emmanuel Macron a été accueilli  à l’aéroport de Kanombe par Vincent Biruta, le Ministre des Affaires Etrangères du Rwanda, envoyé par le président. Certains pensent que Kagame n’a pas voulu accueillir Emmanuel Macron pour lui rendre, d’une façon sauvage, ce qui lui est arrivé. En fait la semaine dernière, Emmanuel Macron avait aussi délégué un Ministre pour recevoir Paul Kagamé, à la veille du sommet sur les économies africaines. Si cela serait la raison ca serait un comportement sauvage car Macron pouvait être occupé par un quelconque entretien vu que Paris organisait un sommet des chefs d’Etats. D’autres avancent les raisons de santé car beaucoup de gens continuent de rapporter qu’elle est en danger suite a un cancer qui ronge son cerveau.  En principe un chef d’Etat est reçu par un chef d’Etat c’est-a –dire d’égal à égal, autrement dans le langage diplomatique cela implique que les relations sont problématiques. Mais Kagame a pousse très loin la hargne en  s’absentant sur le mémorial de Gisozi à Kigali, endroit où Emmanuel Macron, va prononcer un discours symbolique. Le pire va se produire dans Le Village Urugwiro où Kagamé au lieu d’emboîter le pas à son homologue, va se dérober derrière ou  à cote du tapis rouge. Un geste qui montre que Kagame n’était pas dans son assiette ! 

La France n’est pas complice!   

Le président Emmanuel Macron a prononcé un discours hautement symbolique et très attendu ce jeudi le 27 mai 2021, au mémorial du génocide de Kigali, capitale du Rwanda.  Si le chef de l’Etat  français a reconnu «  les responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide des Tutsis,  il n’a toutefois pas formulé les excuses formelles mais plutôt réitère  avec passion  que la France n’a pas a été complice dans le génocide. Il le dit clairement «  Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises  n’avaient pas le visage de la France. Elle n’a pas été complice. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes, ni les mains de ses soldats, qui ont, eux aussi, vu de leurs yeux l’innommable, panser des blessures et étouffer leurs larmes » 

Cette position qui est l’antipode de Kagamé qui fustige depuis toujours le rôle de la France dans la préparation et même la mise en exécution du génocide contre les Tutsis. Il semble cette position Macron aurait monte la bile de Kagamé, ce qui l’aurait poussé de ne pas aller au mémorial. Mais Emmanuel Macron veut repositionner la France : «  Mais la France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir, celui de regarder en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop prévaloir le silence sur l’examen de la vérité »  l

Plusieurs rwandais espéraient qu’Emmanuel Macron était porteur d’excuses bien formelles de la France afin de finaliser la réconciliation mis en branle par lui. Mais ce qui est visible est que la ligne politique française vis-à-vis du génocide des Tutsis est la même ; Macron l’a tout simplement farcie des bagatelles de liasses de billets et de projets pour adoucir le courroux de l’homme fort de Kigali d’autant plus que l’argent constitue sa corde sensible de l’homme de Kigali. Macron veut ainsi transformer le Rwanda en une base pour contrôler les richesses de la RDC, de la Centrafrique et de la Mozambique, comme il a souligné dans la conférence de presse!  Après  27 ans, la France par son président dit «  Alors en tenantavec humilité etrespect à vos côtés, ce jour, je viens reconnaitre nos responsabilités »

En ouverture de leur conférence de presse commune, Kagamé a salué le « discours puissant, avec une signification particulière » de son homologue français. « Ses paroles avaient plus de valeur que d’excuses, elles sont la vérité ».

Kagamé souligne avec insistance que «  cette visite parle du futur, pas du passé. La France et le Rwanda vont beaucoup améliorer leurs relations au bénéfice de nos peuples, économiquement, politiquement et culturellement » et pour montrer combien la relation entre la France et le Rwanda, n’est pas une simple coopération , Kagamé dit : « Mais la relation entre nos deux pays ne sera pas simplement conventionnelle, il y a une familiarité particulière qui résulte de la terrible et complexe histoire que nous partageons, pour le meilleur et pour le pire, Nous souhaitons créer une relation forte et durable, fondée sur des priorités qui comptent pour nous deux, la France et le Rwanda ».

Le coût du rapprochement.

  • Une bagatelle d’investissement 

Le rapprochement franco-rwandais a bel et bien marché depuis 2019. Le bilan succinct de ce rapprochement, se compte dans des millions d’euros donnés au Rwanda par la France. Ainsi selon Emmanuel Macron, depuis 2019, la France a donné  230 millions au Rwanda dans des programmes divers surtout la sante. A cote de cela il y a un accord passe de 500 millions allant de allant de 2019-2023. Soulignons que la conférence de presse a débuté avec la signature de deux accords bilatéraux entre la France et le Rwanda. Let de surcroit, le président  Macron ést venu accompagné d’investisseurs dans différents domaines.

  • Le dossier de la justice

Cette relance de la diplomatie, d’ailleurs un ambassadeur va  être vite accrédité à Kigali, ne doit pas hypothéquer la justice car au départ c’est le contentieux judiciaire qui constituait les pierres d’achoppement entre Kigali et Paris. Comme le dit  Macron « Reconnaitre ce passé c’est aussi et surtout poursuivre l’œuvre de la justice, en nous engageant à ce qu’aucune personne soupçonnée de crimes de génocides ne puisse échapper au travail des juges ». Dans ce domaine Macron a expliqué qu’il y a toujours besoin de synergie des systèmes judiciaires pour enfin faciliter les procédures judiciaires complexes, y compris l’extradition des génocidaires. Et sur ce point, la personne dans la ligne de mire est la veuve de Habyarimana, Mme Agathe Habyarimana. 

  • L’Ouverture d’un centre de la francophonie

A Kigali, l’ambassade de France est dotée d’un institut français, qui est naturellement une école française qui livre des certifications en Français. Il est logé dans la bibliothèque nationale à Kacyiru dans Kigali. La visite de Macron nous laisse un don d’un centre de la francophonie, un mini-bâtiment qui normalement n’est pas digne d’une grande institution comme la Centre de la Francophonie. Mais à voir comment Macron a embrassé Louise Mushikiwabo, la Secrétaire Générale de l’OIF, on remarque qu’il y a une bonne connivence qui nous laisse espérer que ce centre va grandir pour redonner au pays de Milles Collines cette ambiance multiculturelle où le Français et L’Anglais viennent parachever la formation de la jeunesse rwandaise.

Conclusion

« Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent, peut-être, pardonner ; nous faire le don, alors  de nous pardonner. Ndibuka, ndibuka, ndibuka », dit Emmanuel Macron avant de terminer son discours en disant « Et c’est l’appel que je vais lancer. Bâtissons ensemble de nouveaux lendemains, préparons ici pour nos enfants, des prochains souvenirs heureux. C’est le sens de l’hommage que je veux rendre à ceux dont nous garderons la mémoire, qui ont été privés d’avenir, et à qui nous devons d’en inventer un ».

Ainsi ensemble, une nouvelle page entre la France et le Rwanda est ouverte, un regard commun dans l’avenir sans pour autant  effacer le passé amer pour le bien ‘d’un avenir radieux. Il reste à savoir si réellement la visite d’aujourd’hui constitue  une page écrite avec bonne fois ou si ce sont les mobiles du moment qui  ont transformé les rugissements de Paul Kagamé comme ceux d’un lion blessé dans des roucoulements d’une colombe qui couve. Qu’est ce qui peut nous garantir que ce n’est pas une embellie comme celle de Sarkozy en 2010. Car Sarkozy aussi a accepté les responsabilités de Paris mais ça n’a pas duré. Ou faisons-nous un peu l’espoir que les grands projets continentaux serviront peut-être de fuel à cette amitié qui commence avec une révolte notoire de Kagamé ou espérons comme il le dit que Kagamé que « seul le ciel constitue la limite » à cette concorde franco-rwandaise! Mais l’opposition rwandaise voit mal cette relance de la diplomatie de Paris avec Kigali. Elle constitue le piétinement des valeurs que  sont «  Liberté, Égalité et Fraternité ». Car en fait les massacres, les kidnappings, la violation massive des droits de l’homme constituent le lot quotidien du régime du FPR.

Official visit of President Emmanuel Macron of France| Kigali, 27-28 May 2021

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