Hommage à l’abbé Vénuste LINGUYENEZA: Gishamvu 04/08/1951-Braine-l’Alleud 09/06/2024.

Vénuste Linguyeneza

 Pour des raisons indépendantes de ma volonté, je n’ai pas pu me rendre aux funérailles de notre cher abbé. Vous qui l’avez accompagné dans son dernier voyage, vous serez de retour quand vous lirez le présent message !

Avec Vénuste, j’ai des souvenirs très attachants. On se connaissait depuis 1975 à Nyakibanda où il était le doyen élu des Bafaratiri (grands séminaristes). Il maîtrisait la situation, le séminaire étant implanté dans sa région natale de Gishamvu !

Très avisé et fin diplomate, il s’entendait à merveille avec le recteur Mgr François Niyibizi, un excellent directeur, bon Munyenduga (Kabagari), très apprécié par les jeunes ! Ce fut une année riche d’expériences (1975/76).

Je le retrouve à Rome en 1982. Je devais faire la même université que lui et la même faculté des lettres classiques. Il était déjà doctorant et m’a donné de très bons conseils. 

En plus, comme Thaddée, le futur évêque de Kabgayi, venait de terminer sa licence à la même université (psychopédagogie), Vénuste lui a demandé de me céder sa Vespa, mobylette pratique pour les étudiants (ça vous évite le tracas des bus). Ainsi, plusieurs fois, on allait ensemble à l’université, lui devant et moi dans son sillage, essayant de mémoriser la route. Le GPS n’existait pas encore. Une heure de chevauchée entre les voitures folles et irrespectueuses et 30 km dans les roues, tous les matins, séparaient notre collège de l’université pontificale salésienne. On traversait la Ville de part en part. Que Rome est grande !

Au réveillon de Nouvel An (1983), on s’est amusé comme de jeunes étudiants ! Nous étions entre prêtres originaires du Rwanda, tous réunis dans la chambre de Vénuste. Il m’a servi du Cointreau. Malheur à moi ! J’ai joué au jésuite qui détourne le regard puis, de feinte modestie, découvre, contrarié, son verre rempli à ras bord ! Mon verre débordait. Il était une heure du matin. Je l’ai vidé à 4 heures et je me suis retiré. On ne me verra plus que le 3 au soir ! On me croyait parti chez des amis italiens alors que je cuvais mon vin ! Plus jamais je ne boirai du Cointreau.

Vénuste rentre au Rwanda (été 1983).  Une carrière spectaculaire, vicaire général de Butare et j’en passe ! On se retrouve en 1988 à Kabgayi. Il est appelé à y fonder le Philosophicum.

Un beau matin, 8 heures sonnantes, Mgr Perraudin fait irruption dans Saint-Léon. Il cherche le recteur Laurent et l’économe que je suis. Vénuste l’accompagne. « Chaussez-vous convenablement, on va dans le bois », nous dit l’évêque.  Mgr Perraudin, sentant venir la fin de son mandat, voulait partager l’héritage à ses enfants : le futur grand séminaire, représenté par Vénuste et le séminaire St-Léon, représenté par Laurent et votre serviteur. On eût dit « Le Laboureur et ses enfants » !

Nous avons arpenté toute la forêt en descendant vers Gahenerezo et autres lieux romantiques, jusqu’à la vue panoramique de l’igishyanga. 

“Vénuste ira jusqu’à tel arbre…”, indiquait l’évêque. Je répliquais, nerveux : “Mais, Mgr, vous donnez tout au Philosophicum ? Qu’est-ce qui nous restera comme bois ?”

Le vieux avançait, imperturbable, heureux de donner à pleines mains ! Sacré Mgr Perraudin ! Et dire qu’il avait déjà subi une opération du cœur. Il rajeunissait à vue d’œil !

La belle histoire de collaboration entre Vénuste et Perraudin ne s’arrête pas là ! 

Nommé doyen de Waterloo, – le premier doyen africain dans toute l’histoire de la Belgique ! -, Vénuste roulait volontiers, et souvent, jusqu’en Valais (Suisse) pour rendre service à son ami l’évêque émérite. Sans la présence laborieuse de ce docteur en lettres, le livre de Mgr Perraudin n’aurait jamais été publié. Il serait resté à l’état de brouillon. Les Pères blancs craignaient de soutenir l’auteur du Mandement de carême 1959, une lettre pastorale présentée par la presse mainstream comme un appel au génocide. Vénuste n’a écouté personne. Il a foncé au secours de Mgr Perraudin et il a gagné la bataille !

Vénuste sera ensuite, aux côtés d’Emmanuel Habumuremyi, de Jeanne d’Arc Yankulije et de Boniface Bucyana, comme le fer de lance de l’association internationale “Les amis de Mgr Perraudin”.

Il doit maintenant prendre un petit verre bien mérité à la “terrasse” du paradis avec Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi, Mgr André Perraudin, Mgr François Niyibizi, Mgr Thaddée Nsengiyumva et autres bienheureux réunis là-haut, tellement ils ont à se raconter !

Paroles d’un témoin, l’abbé Daniel Nahimana.

Aisemont, le 15 juin 2024.