Rwanda-Hollande : Alfred Gasana – Un tueur aux portes de l’Europe ?

Alfred Gasana

En mai 2024, une enquête intitulée « Rwanda Classified », menée par Forbidden Stories en collaboration avec 17 médias internationaux et plus de 50 journalistes, a mis en lumière des allégations préoccupantes concernant le gouvernement rwandais. Cette enquête a provoqué une onde de choc à travers le monde, forçant le gouvernement rwandais à prendre des mesures pour contrer son impact.

L’un des noms mentionnés dans cette enquête était celui d’Olivier Nduhungirehe, alors ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas. En réponse à cette révélation, Paul Kagame, président du Rwanda, a promu Nduhungirehe au poste de Ministre des Affaires Étrangères, espérant ainsi utiliser son influence pour discréditer les travaux des journalistes impliqués dans l’enquête. Cette promotion a été perçue par certains comme un acte de défiance de Kagame face à la communauté internationale, visant à protéger celui qui est surnommé « l’ambassadeur du Rwanda sur les réseaux sociaux », malgré la réaction hostile des parlementaires néerlandais et les enquêtes de la justice belge.

Pour permettre cette promotion, Paul Kagame a dû réorganiser son cabinet. Vincent Biruta, le doyen des ministres rwandais et médecin de formation, a été déplacé du ministère des Affaires Étrangères au ministère de l’Intérieur, remplaçant ainsi Alfred Gasana, qui a été proposé comme ambassadeur aux Pays-Bas. C’est précisément ce Alfred Gasana qui nous intéresse dans cet article.

Né dans la région de Ndiza, au centre du Rwanda, dans la Préfecture de Gitarama, Alfred Gasana a occupé plusieurs postes clés tout au long de sa carrière. Il a été Bourgmestre de la commune de Nyakabanda dans la préfecture de Gitarama de 1997 à 2001, période durant laquelle il aurait joué un rôle important dans les massacres de civils hutus pendant la guerre des insurgés. Entre 2001 et 2003, il a dirigé la région de Ndiza, unifiant ainsi les communes de Nyakabanda, Nyabikenke et Buringa. En 2003, Gasana est entré au Parlement en tant que député du parti FPR-Inkotanyi et a présidé la Commission Politique.

La carrière d’Alfred Gasana est marquée par des accusations graves. De 2011 à 2021, il a été Directeur Général de la Sécurité Intérieure au sein des Services Nationaux de Renseignement et de Sécurité (NISS). Durant cette période, Augustin Habimana, ancien représentant du Rwanda au Burundi, a disparu en mai 2013 alors qu’il se trouvait à Kigali. Habimana, qui avait également dirigé les renseignements intérieurs avant d’être nommé ambassadeur au Burundi, aurait été ramené au Rwanda par Alfred Gasana après avoir fui au Kenya. Depuis, Habimana reste introuvable.

Un autre incident impliquant Alfred Gasana concerne Aphrodice Matuje, disparu il y a deux ans après avoir passé trois ans détenu dans un camp militaire à Kami, en périphérie de Kigali. Dans une vidéo publiée sur YouTube avant sa disparition, Matuje exprimait son inquiétude quant à sa sécurité, affirmant que son domicile était entouré par des agents de sécurité et qu’il avait refusé une demande d’Alfred Gasana de surveiller les opposants politiques. Depuis, Matuje n’a plus donné signe de vie.

Ce 12 juin 2024, Alfred Gasana, alors ministre de l’Intérieur, a été proposé comme ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas. Cette nomination suscite des préoccupations importantes parmi les analystes et les observateurs des droits humains. Les Rwandais et les critiques du régime de Kagame vivant aux Pays-Bas sont particulièrement inquiets de cette nomination, craignant les antécédents de violence et d’intimidation associés à Gasana.

Les services de renseignement rwandais ont été accusés de mener des opérations de surveillance et d’intimidation dans divers pays européens. La présence d’Alfred Gasana aux Pays-Bas pourrait ainsi intensifier ces activités, créant un climat de peur parmi les dissidents rwandais.

La nomination d’Alfred Gasana en tant qu’ambassadeur aux Pays-Bas est perçue comme une manœuvre stratégique de Paul Kagame pour étendre son influence et renforcer son contrôle sur les Rwandais à l’étranger. Les antécédents de Gasana, marqués par des allégations de violence et de disparition forcée, soulèvent des inquiétudes quant à la sécurité des opposants politiques et des citoyens critiques du régime rwandais en Europe.

Cette situation souligne la nécessité d’une vigilance accrue de la part des autorités néerlandaises et internationales pour garantir la protection des droits humains et prévenir toute forme d’intimidation ou de violence.