Le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de défense ougandaises (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni, a de nouveau secoué la scène diplomatique et militaire régionale avec une série de tweets controversés. Ces messages, diffusés via son compte X, surviennent alors qu’il venait tout juste d’achever une visite officielle à Kigali, où il a été chaleureusement accueilli par le chef d’état-major des Forces rwandaises de défense, le général Mubarakh Muganga, et a personnellement remercié le président Paul Kagame pour son hospitalité.
Dans l’un de ses tweets les plus marquants, Muhoozi a déclaré : « En une semaine, soit le M23, soit l’UPDF sera à Kisangani. Sur ordre de Yoweri Museveni, Commandant en chef de l’UPDF ! » Il a également lancé un message aux habitants de cette ville stratégique du nord-est de la RDC : « Peuple de Kisangani, nous venons vous sauver. L’armée de Dieu arrive ! » Ces propos, au ton messianique et martial, ont immédiatement fait réagir les observateurs, alors que Kisangani est loin du front actuel entre les FARDC et le M23, et bien au-delà des zones traditionnellement disputées.
Ces messages interviennent dans un climat régional déjà tendu. L’UPDF est officiellement déployée en Ituri dans le cadre d’une coopération avec Kinshasa contre les groupes armés tels que les ADF et CODECO. Mais plusieurs analystes notent que cette coopération sert aussi à Kampala à étendre son influence territoriale, sans subir les condamnations internationales qui visent Kigali. Alors que les forces rwandaises et le M23 sont accusés de graves violations des droits humains et visés par des sanctions, l’Ouganda semble avancer ses pions discrètement, en s’affichant comme un partenaire légitime.
Or, de récents développements sur le terrain pourraient marquer le début d’une rupture. Selon les sources ougandaises, deux colonels, trois majors et plusieurs éléments des FARDC déguisés au sein de la milice CODECO – en complicité avec le gouverneur militaire de l’Ituri – ont été faits prisonniers lors des opérations que mène l’armée ougandaise dans la province. Ils ont été acheminés en Ouganda pour des auditions. Une affaire explosive qui soulève de nombreuses questions : Est-ce la fin de la coopération militaire entre Kinshasa et Kampala ? L’Ouganda restera-t-il longtemps à l’abri des condamnations internationales ou va-t-il emboîter le pas du Rwanda ?
Dans une série de publications particulièrement agressives, Muhoozi a également affirmé : « Le peuple ougandophone de l’Est du Congo ne sera jamais abandonné. Les Alurs, Bahema, Banande et Batutsi sont nos frères et nous avons le DROIT de les protéger ! » Ce type de rhétorique identitaire rappelle les justifications avancées par le Rwanda pour son intervention dans le Kivu, et conforte ceux qui estiment que Kampala joue un double jeu, oscillant entre rivalité stratégique avec Kigali et ambitions propres en RDC.
Mais c’est surtout la guerre contre les milices CODECO en Ituri qui permet à Muhoozi de s’afficher en position de force. Repostant des communiqués militaires victorieux, il a affirmé que l’UPDF avait tué 242 combattants CODECO à Fataki lors d’affrontements les 18 et 19 mars 2025. « CODECO prie le Diable tous les jours ! Nous, nous prions Jésus-Christ tous les jours. Voyons qui est le plus fort ? Jusqu’ici nous en avons tué 300. J’en veux au moins 10.000 », a-t-il tweeté. Des propos qui choquent, tant par leur langage religieux extrême que par leur glorification de la violence. Il ajoute même : « Mon père, le général Yoweri Museveni, m’a dit il y a quelques mois que je devais faire de l’UPDF une ‘machine à tuer’. C’est ce sur quoi nous travaillons. »
Ces déclarations, couplées à son récent passage à Kigali, alimentent les spéculations : Muhoozi cherche-t-il à raviver une alliance stratégique avec le Rwanda pour remodeler à leur avantage l’Est de la RDC ? Ou joue-t-il une carte personnelle, lui qui n’a jamais caché ses ambitions politiques et militaires sur la scène régionale ? Son ton, oscillant entre provocation et messianisme, inquiète. Et ses références répétées à Kisangani – ville historiquement marquée par les confrontations entre Rwanda et Ouganda en 1999-2000 – font craindre un retour à une rivalité frontale, cette fois maquillée sous des habits de croisade.
Dans un contexte où la communauté internationale tente encore de stabiliser l’Est du Congo à travers des processus comme Luanda ou Nairobi, les tweets de Muhoozi apparaissent comme une véritable torpille. Qu’il s’agisse de simple posture politique ou d’annonce de nouvelles ambitions militaires, le message est clair : l’Ouganda n’entend pas rester passif face aux évolutions à l’Est de la RDC. Et Kigali, en accueillant Muhoozi en pleine crise régionale, montre qu’un certain alignement stratégique reste possible.






















































