Kisangani, Walikale, Luanda, Doha – Dans les méandres du conflit à l’Est de la République démocratique du Congo, les apparences de détente masquent une nouvelle recomposition militaire et diplomatique. Le repositionnement annoncé du M23 à Walikale, salué comme un pas vers la paix par Kigali et Doha, est en réalité une opération téléguidée par le Rwanda. Pendant ce temps, l’Ouganda, sous la conduite du général Muhoozi Kainerugaba, renforce activement son influence militaire dans la région, accentuant la pression sur Kinshasa. Et pendant que les grandes puissances observent, l’Angola, frustré, jette l’éponge de la médiation.
Walikale : repositionnement ou redéploiement tactique ?
Le 23 mars 2025, Kigali se félicite publiquement de l’annonce par le M23 du « repositionnement » de ses troupes depuis Walikale. Le Qatar salue à son tour cette « étape positive ». Mais sur le terrain, le M23 ne quitte pas la zone : il se déploie stratégiquement. À Walikale-centre, les combattants occupent toujours des points névralgiques, dont le bureau du territoire. D’autres colonnes rebelles sont signalées en direction de Mubi, Ntoto et Itebero, selon des sources locales. Rien n’indique une volonté de désengagement. Bien au contraire, le mouvement semble resserrer ses lignes.
Pour les observateurs locaux, ce repositionnement n’est qu’un changement de façade. Il obéit à des ordres venus directement de Kigali, dans le cadre d’une stratégie de communication internationale visant à désamorcer les pressions diplomatiques tout en maintenant un contrôle effectif sur des portions du Nord-Kivu. Depuis plusieurs mois, les actions du M23 suivent une logique cohérente avec les intérêts militaires et politiques rwandais. La chaîne de commandement ne laisse plus place au doute : Kigali dirige, le M23 exécute.
Muhoozi Kainerugaba muscle la posture ougandaise
Alors que le Rwanda joue la carte du retrait apparent, l’Ouganda, lui, avance. Depuis Ituri jusqu’à Bunia, les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF) multiplient les opérations, officiellement contre les milices CODECO. Mais la montée en puissance ougandaise dépasse la lutte contre les groupes armés locaux. Sous la houlette du général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni et acteur clé de la scène régionale, Kampala affirme discrètement sa présence militaire dans des zones d’intérêt stratégique.
Muhoozi, très actif sur X, a récemment évoqué Kisangani et les enjeux militaires de la région avec une clarté inhabituelle pour un officier de son rang. Sa visite à Kigali le 22 mars dernier et ses propos ambigus sur la « protection des intérêts ougandais en Ituri et au Kivu » ont été perçus à Kinshasa comme une mise en garde, voire une provocation. Dans les faits, l’Ouganda semble vouloir jouer sa propre carte, entre neutralité affichée et ambitions sécuritaires croissantes.
Luanda se retire, fatiguée d’une médiation minée
Face à cette escalade déguisée, la diplomatie s’effrite. Dans un communiqué daté du 24 mars, la présidence angolaise annonce qu’elle renonce à son rôle de médiateur, après des mois d’efforts infructueux. Malgré les engagements pris en décembre 2024 par Kigali (retrait de ses troupes du Congo) et Kinshasa (neutralisation des FDLR), le sommet prévu à Luanda n’a jamais eu lieu en raison de l’absence du Rwanda. Plus grave encore, la tentative de dialogue direct entre la RDC et le M23, prévue le 18 mars 2025, a échoué à la dernière minute, torpillée par des « facteurs externes ».
L’Angola, qui assurait la présidence tournante de l’Union africaine, estime qu’il est temps de « se libérer » de cette mission, désormais incompatible avec les autres priorités continentales. Cette décision marque un aveu d’échec pour la diplomatie africaine, incapable d’imposer une médiation respectée aux protagonistes du conflit.
Une paix en trompe-l’œil, un risque de guerre régionale
Entre redéploiement militaire déguisé, manœuvres diplomatiques de façade, et désengagement des médiateurs, l’espoir d’une désescalade réelle s’amenuise. Le M23, toujours solidement soutenu par Kigali, maintient une forte pression sur le Nord-Kivu. L’Ouganda, en quête d’influence, impose progressivement sa présence militaire à l’Est du Congo. Et la communauté internationale, divisée et prudente, peine à dégager une ligne claire.
Le vide laissé par Luanda pourrait être comblé par d’autres puissances régionales ou extra-continentales, mais à quel prix ? La militarisation croissante de la région, combinée à l’absence de médiation crédible, fait craindre un scénario d’enlisement durable, voire une confrontation ouverte entre États.


























































