L’affaire opposant Aimable Karasira Uzaramba au parquet rwandais a franchi une nouvelle étape décisive. Le juge de la chambre spécialisée de la Haute Cour a ordonné l’ouverture de la défense de Karasira, malgré les demandes répétées de ses avocats de disposer de davantage de temps pour préparer leur plaidoirie.
Les avocats de la défense, Bruce Bikotwa et Félicien Gashema, ont exprimé leurs difficultés à préparer le dossier dans des conditions qu’ils jugent défavorables. Depuis leur nomination récente à la défense de Karasira, ils déclarent faire face à de nombreux obstacles, notamment les restrictions imposées par la prison de Mageragere où leur client est incarcéré. Selon eux, cette prison interdit l’utilisation de matériels électroniques, comme les ordinateurs, et refuse également l’accès aux dispositifs fournis par la prison pour préparer le procès.
Un point central des débats est l’examen des vidéos, utilisées par le parquet comme éléments de preuve contre Karasira. Ces vidéos proviendraient des interventions de Karasira sur sa chaîne YouTube, « Ukuri Mbona », dans lesquelles il aurait, selon les accusations, nié ou minimisé le génocide de 1994, promu des divisions ethniques, et diffusé des informations mensongères susceptibles de perturber l’ordre public. Le parquet soutient que ces vidéos n’ont pas besoin d’être examinées intégralement avec le prévenu, insistant sur leur contenu textuel comme élément suffisant pour prouver les infractions.
Les avocats de Karasira, en revanche, estiment que l’examen approfondi de ces vidéos, accompagné de leur client, est indispensable pour contrer les accusations portées contre lui. Ils soutiennent également qu’un délai supplémentaire leur permettrait d’exploiter efficacement ces éléments pour assurer une défense juste et équitable.
Le juge a rejeté cette demande, arguant que le temps déjà alloué à la défense devait être suffisant pour avancer dans le dossier. Cependant, il a ordonné que Karasira et ses avocats reçoivent un accès facilité aux vidéos afin de préparer leur plaidoyer.
Le tribunal a également proposé de transférer Karasira à la prison de Mpanga, plus proche de la cour, afin d’accélérer les audiences. Cette suggestion a été rejetée par Karasira lui-même, qui préfère rester à Mageragere en raison de son état de santé. Souffrant de dépression chronique depuis plus de 20 ans, une condition qu’il attribue à son vécu douloureux pendant le génocide, il affirme avoir trouvé un certain équilibre émotionnel à Mageragere, où il se sent mieux soutenu par ses codétenus.
Malgré ses problèmes de santé mentale, des experts médicaux mandatés par le tribunal ont conclu que son état ne compromet pas sa capacité intellectuelle, lui permettant ainsi de répondre des charges retenues contre lui. Karasira, ancien professeur à l’Université du Rwanda et activiste des droits humains, nie fermement toutes les accusations. Il soutient que ses interventions avaient pour seul objectif de promouvoir la vérité et critiquer ce qu’il percevait comme des injustices. Il réfute catégoriquement les accusations de négation ou de minimisation du génocide, affirmant qu’il est lui-même une victime des séquelles psychologiques de cette tragédie nationale.
Malgré les controverses entourant le dossier, le tribunal a décidé de poursuivre le procès cette semaine et au cours de la suivante. Aimable Karasira, âgé de 48 ans, continue de plaider non coupable, réaffirmant son engagement envers les droits humains et son droit à la liberté d’expression.
























































