Kinshasa, 29 avril 2025 – En pleine recomposition diplomatique dans la région des Grands Lacs, la Belgique affirme sa volonté de rester un acteur de référence. C’est le message qu’a porté Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, lors de son passage à Kinshasa, dernière étape d’une tournée régionale qui l’a mené successivement à Kampala, Bujumbura puis en République démocratique du Congo.
Dans un contexte marqué par le renforcement de la médiation américaine, incarnée par les initiatives de Doha et de Washington, Bruxelles veut montrer qu’elle n’est pas en retrait. « Nous voulons rester un partenaire crédible, cohérent et impliqué dans la durée », a insisté Maxime Prévot après son entretien avec le président Félix Tshisekedi.
La Belgique soutient les démarches diplomatiques en cours, mais appelle à la prudence : « L’enthousiasme doit rester mesuré. Ce n’est pas la signature de déclarations de principe qui mettra fin à une décennie de tragédie dans l’Est. Il faudra juger aux actes. » Derrière ces propos, une mise en garde à peine voilée contre la précipitation ou les effets d’annonce, dans un dossier où Washington impose désormais son tempo.
Consciente de ce passage en force diplomatique des États-Unis, notamment dans les négociations entre Kinshasa et le M23, la Belgique cherche à se démarquer par une approche plus équilibrée, fondée sur le respect des souverainetés et un ancrage historique dans la région.
Elle s’inscrit aussi dans la relance du dialogue interne congolais, sujet peu évoqué par les partenaires anglo-saxons. Maxime Prévot a ainsi encouragé le président Tshisekedi à écouter les appels de la société civile, en particulier ceux des évêques qui militent pour un dialogue national inclusif. Pour Bruxelles, la stabilité ne viendra pas uniquement de l’extérieur.
La rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda a également jeté une ombre sur ce déplacement. Kigali n’a pas digéré les sanctions prises récemment par Bruxelles à l’encontre de personnalités rwandaises accusées de soutenir les rebelles du M23. Une décision assumée par Maxime Prévot, qui déplore toutefois la fermeture des canaux de dialogue : « Même dans des situations tendues, nous estimons qu’il est toujours possible — et souhaitable — de continuer à se parler. »
Mais au-delà du volet politique, c’est aussi sur le plan économique que la Belgique entend rester présente, malgré la concurrence frontale des États-Unis et de la Chine dans les minerais stratégiques. Kinshasa multiplie les ouvertures vers de nouveaux partenaires, et Bruxelles veut saisir sa chance. Interrogé par l’agence Reuters, Maxime Prévot a fait savoir que des groupes belges comme Umicore ou John Cockerill sont prêts à investir dans la transformation locale de minerais critiques comme le cobalt ou le lithium. « Si l’occasion se présente d’être partenaire à part entière, nous ne nous déroberons pas », a-t-il déclaré.
Enfin, la Belgique mise aussi sur un levier qu’elle maîtrise bien : la coopération technique et le soutien aux initiatives locales. À Masina, dans un quartier populaire de la capitale, Prévot a rencontré de jeunes entrepreneurs soutenus par l’agence belge Enabel et l’ONG congolaise CLEJUPS. Il s’est également rendu au Centre Don Bosco, où des jeunes vulnérables reçoivent une formation professionnelle. À Silikin Village, le principal hub technologique du pays, il a salué le rôle de la jeunesse congolaise dans la transition écologique et numérique. « La Belgique croit en cette jeunesse, et c’est avec elle que nous voulons bâtir des solutions durables », a-t-il affirmé.
Par cette tournée, la Belgique pose clairement ses jalons. À l’heure où Washington accélère, où Pékin investit, et où Paris reste en retrait, Bruxelles entend affirmer une diplomatie à taille humaine mais enracinée, qui mêle principes, prudence et proximité. Reste à voir si cette voix historique sera entendue dans un concert diplomatique de plus en plus compétitif.






















































