Retrait discret des troupes de la SADC de Goma via le Rwanda

Par Ben Barugahare

Ce 29 avril 2025, les troupes de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont amorcé leur retrait de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, en passant par le Rwanda. Escortés par les forces de défense rwandaises (RDF), les soldats sud-africains, malawites et tanzaniens ont quitté discrètement le poste frontière de La Corniche, dans le district de Rubavu, avant de se diriger vers Rusumo et la Tanzanie. Ce retrait, effectué sous haute surveillance, a mis en lumière le rôle désormais incontournable du Rwanda dans le conflit du Nord-Kivu.

Selon des témoins, au moins 57 soldats — 32 Sud-Africains, 16 Malawites et 9 Tanzaniens — ont franchi la frontière rwandaise à bord de camions transportant du matériel militaire. Escortés tout au long de leur passage par des unités de la RDF, ils ont traversé le territoire rwandais sans incident, mais aussi sans éclat médiatique.

Ce retrait intervient après un accord signé le 28 mars entre la mission de la SADC et les rebelles du M23, un mouvement largement perçu comme un proxy de Kigali par Kinshasa et de nombreux observateurs internationaux. En autorisant le départ des troupes de la SADC avec armes et équipements, le M23, et donc indirectement le Rwanda, a imposé ses conditions sur le terrain.

Cet épisode a révélé avec force l’emprise de Kigali sur l’avenir du conflit congolais. Désormais, aucune opération militaire majeure dans l’est de la RDC ne peut être menée sans l’aval, explicite ou tacite, du pouvoir rwandais. Pour la SADC, censée soutenir Kinshasa contre l’avancée des rebelles, être contrainte de négocier son retrait à travers un territoire contrôlé militairement et politiquement par Kigali constitue une forme de semi-humiliation, aussi discrètement que le processus ait été organisé.

Malgré cette victoire diplomatique incontestable, le Rwanda a soigneusement évité toute démonstration publique. Selon plusieurs sources, des consignes claires auraient été données aux médias rwandais pour ne pas couvrir largement l’événement. Aucune communication officielle n’a accompagné le passage des convois, comme pour masquer l’ampleur stratégique de cette sortie imposée à la SADC.

Ce silence n’a pas empêché les analystes de décrypter le signal envoyé : Kigali contrôle aujourd’hui non seulement le cours militaire du conflit, mais également les dynamiques politiques et diplomatiques de la région. Même les coalitions internationales engagées dans le soutien au gouvernement congolais doivent désormais transiger avec une réalité imposée par le Rwanda.

Ainsi, derrière les images furtives de camions franchissant silencieusement la frontière, c’est l’équilibre des forces dans l’est de la RDC qui a basculé, au profit d’un acteur dont l’influence n’est plus à démontrer.