RDC : la résurgence d’anciens chefs de guerre relancent les soupçons sur l’implication de l’Ouganda dans l’Est congolais

Par Marc Matabaro

Kisangani, avril 2025 — L’annonce officielle, le 30 mars 2025 à Aveba (Ituri), de la création d’un nouveau mouvement politico-militaire dénommé Coalition Nationale pour la Libération du Congo (CNLC), avec une branche armée appelée Forces Nationales pour la Libération du Congo (FNLC), vient confirmer une tendance inquiétante : la reconstitution progressive de réseaux politico-militaires hostiles à Kinshasa, depuis le territoire ougandais.

Le colonel Innocent Kaina, alias India Queen, ancien haut gradé du M23 et figure centrale des FPLC aux côtés de Thomas Lubanga dans les années 2000, a signé ce communiqué en tant que chef d’état-major général de la FNLC. Le major Kasereka André a été désigné comme porte-parole du mouvement. Dans leur déclaration, les fondateurs dénoncent la gouvernance de Kinshasa, qualifiée de « corrompue, népotiste et ethniquement discriminatoire », et affirment vouloir « sortir la RDC du gouffre » par la lutte armée.

Ce développement intervient alors que l’armée ougandaise renforce sa présence dans l’Est de la RDC, notamment en Ituri, dans le cadre d’opérations conjointes avec les FARDC contre l’ADF. Or, plusieurs figures clés du passé militaire de l’Ituri — notamment Thomas Lubanga, qui aurait récemment fondé le groupe Convention pour la Révolution Populaire (CRP) — sont aujourd’hui installées en Ouganda. La coïncidence entre cette réorganisation de groupes armés et le silence de Kampala suscite de nombreuses interrogations.

Le cas d’Innocent Kaina est emblématique. Arrêté en 2006 puis libéré en 2009 dans le cadre de l’accord entre le gouvernement et le CNDP, il avait rejoint le M23 et dirigé la prise de Goma en 2012, avant de fuir vers l’Ouganda après la défaite du mouvement. Réapparu en 2024 dans une interview à un média rwandais proche du M23, il avait exprimé son hostilité envers le général Sultan Makenga, actuel chef militaire du M23, suggérant déjà une rupture idéologique avec l’organisation soutenue par Kigali.

Or, plusieurs rapports des Nations unies ont documenté de manière irréfutable le soutien militaire, logistique et financier du Rwanda au M23, ce qui a conduit à des sanctions et à une condamnation internationale croissante. Le Rwanda est régulièrement accusé d’occupation de territoires congolais par le biais des forces du M23.

Dans ce contexte, l’émergence du CNLC/FNLC en Ituri, avec une direction militaire historiquement hostile à Makenga, pourrait servir une stratégie plus large visant à multiplier les fronts pour diluer la responsabilité du Rwanda, tout en transférant une partie de la pression internationale vers d’autres acteurs régionaux. D’autant que le général Muhoozi Kainerugaba, commandant des forces terrestres ougandaises et fils du président Museveni, a récemment effectué une visite remarquée à Kigali, le 22 mars 2025, alimentant les spéculations sur une entente tactique entre l’Ouganda et le Rwanda.

La question du double standard diplomatique se pose alors avec acuité : tandis que Kigali est sous le feu des critiques, Kampala, qui abrite des figures clés de la rébellion congolaise en cours de réorganisation, échappe à toute mise en cause officielle. Kinshasa, pour sa part, garde un silence stratégique, probablement en raison de sa coopération militaire directe avec Kampala contre les ADF.

Mais cette alliance paradoxale devient difficile à défendre lorsque des groupes armés se constituent en territoire ougandais pour combattre le gouvernement congolais. L’installation du quartier général du CNLC à Aveba, dans une zone frontalière sensible, combinée à la rhétorique de rupture totale avec le pouvoir central, annonce peut-être une nouvelle escalade.