Rwanda : appel à une enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994

Par Ben Barugahare

Trente et un ans après l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, plusieurs organisations politiques et civiles rwandaises, établies en France, réclament la réouverture d’une enquête internationale indépendante. Dans un communiqué publié à Paris le 5 avril 2025, elles dénoncent une impunité persistante autour de ce qu’elles qualifient de « crime déclencheur » du génocide des Tutsis et des massacres de Hutus dits modérés.

Dans la soirée du 6 avril 1994, l’avion transportant les présidents du Rwanda et du Burundi, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, était abattu à son approche de Kigali, tuant tous les passagers, dont plusieurs collaborateurs et trois membres d’équipage français. Cet attentat, resté sans responsables officiellement désignés, marque le début d’un des épisodes les plus meurtriers du XXe siècle.

Les signataires s’étonnent qu’aucune autorité judiciaire n’ait poursuivi les investigations, malgré la gravité des faits. Ils soulignent que la justice française avait initialement ouvert une enquête sous l’impulsion du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, qui avait mis en examen neuf membres du Front Patriotique Rwandais (FPR), alors mouvement rebelle dirigé par Paul Kagame. L’enquête fut ensuite close sans suite par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux dans des conditions que les signataires jugent troublantes.

Ils accusent la France d’avoir cédé à des considérations diplomatiques, notamment pour préserver ses relations avec Kigali. Le communiqué évoque notamment la réaction du gouvernement rwandais à l’époque : rupture des relations diplomatiques avec Paris, remplacement du français par l’anglais comme langue d’enseignement, et destruction du centre culturel franco-rwandais. L’arrestation en Allemagne de la Major Rose Kabuye, l’une des personnes mises en cause, avait provoqué de vastes manifestations organisées par le régime rwandais.

Les auteurs du texte dénoncent également la publication d’un rapport « partiel et partial » par le professeur Vincent Duclert, qui, selon eux, aurait enterré les responsabilités du FPR dans l’attentat. Ils estiment que ce tournant judiciaire visait moins à faire éclater la vérité qu’à apaiser Kigali.

Le communiqué accuse par ailleurs les dirigeants actuels du Rwanda, issus du FPR, de jouir d’une impunité totale, malgré leur implication présumée dans des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et même des actes de génocide, depuis l’attaque du 1er octobre 1990. Les signataires s’appuient notamment sur le Rapport Mapping publié en 2010 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui recense de graves exactions attribuées aux forces rwandaises, notamment en République démocratique du Congo, où elles sont régulièrement citées pour leur soutien au mouvement M23.

Les organisations signataires, parmi lesquelles figurent le Comité régional des FDU-Inkingi, le Gouvernement rwandais en exil, l’Ishema Party, la communauté rwandaise de Lyon, l’ASBL Jambo section France, ou encore RIPRODHOR, affirment que seule la vérité permettra une réconciliation réelle entre les Rwandais. Elles appellent la justice française à rouvrir le dossier, dans un esprit de responsabilité historique. Plusieurs personnalités indépendantes soutiennent également l’appel, dont l’ancien ministre Jean-Marie Ndagijimana et l’ancien président du MDR, Célestin Kabanda.

Les auteurs du communiqué concluent en affirmant leur volonté de contribuer à l’émergence de la vérité et au renforcement de l’amitié franco-rwandaise, au nom des droits des victimes et de la mémoire historique.