Le 25 février 2025, James Kabarebe, ancien général des Forces rwandaises de défense et actuel ministre rwandais de la Coopération régionale, a pris la parole lors d’une rencontre avec des partis politiques rwandais. Fidèle à son habitude, il a tenté de dédouaner Kigali de toute implication dans la guerre qui ravage l’Est de la RDC depuis la réapparition du M23 en 2021. Pour Kabarebe, la responsabilité incomberait entièrement à Félix Tshisekedi, président congolais, accusé d’avoir préparé la guerre en instaurant l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en mai 2021. Il feint d’oublier que le M23, présenté comme un simple mouvement de revendication pour les droits des Tutsis congolais, sert en réalité d’outil militaire à Kigali pour annexer les territoires riches en ressources de l’Est congolais.
D’après Kabarebe, les combattants du M23 n’auraient jamais été sur le sol rwandais mais auraient été cantonnés dans le camp militaire de Bihanga en Ouganda. Or, les rapports des Nations unies et de plusieurs chancelleries occidentales ont démontré que Kigali a été le principal soutien militaire, logistique et financier du M23, allant jusqu’à déployer des troupes rwandaises aux côtés des rebelles. Il oublie également que l’administration Tshisekedi, en arrivant au pouvoir en 2018, était alors en très bons termes avec Kigali, autorisant même les Forces spéciales rwandaises à opérer sur le sol congolais dans des missions conjointes contre les groupes armés. Ces opérations ont permis l’élimination de figures majeures des groupes armés anti-Kagame, tels que Sylvestre Mudacumura (FDLR), Wilson Irategeka (CNRD-FLN) ou encore Jean Michel Afrika (RUD-Urunana). Mais cette collaboration a tourné court lorsque Kigali a poursuivi ses ambitions expansionnistes par le biais du M23.
Depuis novembre 2021, les combats entre le M23 et les FARDC ont pris une ampleur sans précédent. Kabarebe tente d’accréditer la thèse selon laquelle ces rebelles ne viennent pas du Rwanda, prétendant qu’ils étaient simplement postés sur les pentes du mont Sabyinyo, à la frontière entre la RDC et l’Ouganda. Cette affirmation va à l’encontre de toutes les enquêtes indépendantes qui ont mis en lumière l’implication directe de Kigali dans l’entraînement et l’équipement du M23.
Le général sanctionné par les États-Unis dénonce l’usage des mercenaires par Kinshasa, tout en occultant l’ampleur du soutien militaire rwandais au M23. Kigali, sous prétexte de contrer la menace des FDLR, a réussi à infiltrer le conflit et à piller les ressources minières de l’Est congolais. En effet, les sanctions américaines annoncées le 20 février 2025 visent à la fois James Kabarebe et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, ainsi que des entreprises associées à ce trafic. Washington accuse ouvertement Kabarebe d’avoir joué un rôle central dans l’organisation militaire du M23 et dans l’exploitation des minerais congolais destinés au marché international via des circuits illégaux.
Le M23, loin d’être un simple mouvement de défense des droits des Tutsis congolais, est avant tout une structure militaire au service du régime de Kigali. La prise de Goma en janvier 2025 et l’avancée rapide du M23 vers Bukavu ont entraîné des milliers de morts civiles et déplacé des centaines de milliers de personnes. Face à cette escalade, les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs instances internationales ont appelé à des sanctions contre le Rwanda. Mais Kigali, avec son puissant appareil de communication financé par les fonds publics et l’aide internationale, tente de masquer son implication, présentant le Rwanda comme une success story africaine tout en détournant l’attention sur la situation en RDC.
Kabarebe tente également de discréditer la mission militaire de la SADC (SAMIDRC), déployée à la demande de Kinshasa. Il accuse l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Malawi de coopérer avec les FDLR, alors que ces pays n’ont qu’un objectif: contenir l’expansion du M23 et préserver la stabilité régionale. Contrairement aux allégations du général rwandais, ces pays sont intervenus pour soutenir la souveraineté congolaise, face à une agression orchestrée par Kigali.
La stratégie de Paul Kagame repose sur un double discours: d’un côté, il se présente comme un leader moderne et visionnaire, et de l’autre, il finance des groupes armés pour perpétuer le chaos en RDC et accaparer ses ressources. Le Rwanda, pourtant vanté pour sa gestion économique, repose largement sur l’aide internationale et un endettement croissant. Cette dépendance oblige Kigali à multiplier ses expédients économiques, notamment par le pillage des richesses congolaises. Tant que ce cycle d’exploitation continuera, la stabilité dans la région des Grands Lacs restera un mirage.
La communauté internationale, bien qu’alertée par de nombreux rapports, reste divisée. Si les sanctions américaines et européennes sont un premier pas, elles restent insuffisantes pour enrayer l’influence de Kigali en RDC. Pendant ce temps, le M23 poursuit son avancée, sous l’œil complice de ceux qui prétendent promouvoir la paix en Afrique centrale.

























































