Rwanda : droits humains et impunité, les critiques persistent

Par Marc Matabaro

À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme célébrée chaque 10 décembre, plusieurs organisations de défense des libertés fondamentales ont renouvelé leurs critiques à l’égard du régime rwandais, dénonçant à la fois les restrictions politiques à l’intérieur du pays et le rôle controversé de Kigali dans les conflits de la région des Grands Lacs.

Dans une déclaration publiée le 10 décembre 2025 à Paris, l’Observatoire des Droits de l’Homme au Rwanda (ODHR) et le Réseau International des Promoteurs et Défenseurs des Droits de l’Homme (RIPRODHOR) affirment que les violences qui secouent la région depuis plus de trente ans s’inscrivent dans une dynamique d’impunité politique profondément enracinée. Selon ces organisations, cette situation a contribué à prolonger les conflits armés et les crises humanitaires dans plusieurs pays de la région. 

Le document souligne notamment que le Rwanda a été mis en cause dans plusieurs rapports d’experts des Nations Unies ainsi que dans la résolution 2773 du Conseil de sécurité adoptée en février 2025, qui évoque un soutien militaire présumé à certaines rébellions opérant dans l’est de la République démocratique du Congo. Pour les organisations signataires, ces accusations soulèvent des interrogations majeures sur la responsabilité des États impliqués dans la prolongation d’un conflit qui a provoqué des millions de morts et de déplacés au cours des dernières décennies. 

Kigali rejette catégoriquement ces accusations et affirme que sa politique régionale vise uniquement à garantir sa sécurité nationale face aux groupes armés hostiles opérant dans l’est du Congo. Toutefois, pour les organisations de défense des droits humains, ces justifications ne dissipent pas les préoccupations croissantes concernant le rôle réel joué par le Rwanda dans la dynamique des conflits régionaux.

Les critiques portent également sur la situation politique interne. Selon plusieurs observateurs et ONG, l’espace démocratique au Rwanda demeure fortement limité. Les partis d’opposition, les journalistes indépendants et certains militants affirment être confrontés à un climat de pression permanente, marqué par des arrestations controversées, des procès jugés politiques et une surveillance étroite des activités publiques.

Dans leur déclaration, les organisations dénoncent ce qu’elles qualifient de « culture de l’impunité » qui, selon elles, s’est progressivement installée dans la région. Elles estiment que la communauté internationale a trop souvent privilégié des considérations stratégiques ou économiques au détriment de la défense rigoureuse des droits humains. Cette attitude aurait contribué à renforcer la perception d’une intouchabilité politique pour certains dirigeants.

La déclaration est signée notamment par Laurent Munyandilikirwa, coordinateur de l’ODHR, et Théoneste Habimana pour le RIPRODHOR, qui appellent les gouvernements et les institutions internationales à agir davantage pour protéger les défenseurs des droits humains et promouvoir un environnement politique plus ouvert dans la région. 

Les deux organisations insistent également sur la nécessité de replacer la question des victimes au cœur des débats internationaux. Elles rappellent que les conflits dans la région des Grands Lacs ont provoqué des souffrances humaines considérables et que la recherche d’une paix durable ne peut être dissociée d’une véritable justice.

Alors que la communauté internationale commémore chaque année les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, les auteurs du document soulignent qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour que ces principes deviennent une réalité pour tous les citoyens de la région.