Rwanda : fermeture temporaire de l’« Ingoro ya Yezu Nyirimpuhwe » à Ruhango, une décision qui divise

Par Ben Barugahare

Au Rwanda, la fermeture provisoire de l’Ingoro ya Yezu Nyirimpuhwe (Sanctuaire de Jésus de la Miséricorde) située à Ruhango, dans le sud du pays, suscite émotion et incompréhension parmi de nombreux fidèles. Cette décision a été communiquée par le Bureau rwandais de la Gouvernance (RGB) dans une lettre officielle adressée le samedi 17 mai à Mgr Balthazar Ntivuguruzwa, évêque du diocèse catholique de Kabgayi.

Selon la directrice générale du RGB, Dr Doris Uwicyeza Picard, cette fermeture vise à “définir des mesures pour assurer la sécurité sanitaire et physique des fidèles qui s’y rassemblent”. Elle précise que tous les rassemblements religieux mensuels et annuels qui se tenaient sur ce site sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, le temps de mettre en place des dispositifs adéquats pour éviter “les incidents susceptibles de mettre les participants en danger”.

Ce sanctuaire, haut lieu de pèlerinage, accueillait chaque mois des milliers de fidèles venus de toutes les régions du Rwanda mais aussi de l’étranger. Nombre d’entre eux affirment y avoir trouvé guérison ou réconfort spirituel, grâce aux prières et aux cérémonies qui s’y tiennent. La décision du gouvernement est donc perçue par certains comme une atteinte à leur liberté de culte.

Un fidèle catholique ayant requis l’anonymat a confié à la BBC : « Cela m’a profondément attristé. Au lieu de fermer les lieux où se commettent des actes répréhensibles, ils ferment ceux où les gens trouvent la paix et parfois même la guérison. »

Le RGB justifie sa décision par un rapport sur l’organisation et l’affluence lors des rassemblements précédents, notamment celui du 27 avril dernier, qui aurait connu une forte bousculade ayant entraîné des blessures parmi les participants. Le sanctuaire aurait, selon l’agence, montré des carences en matière de sécurité, d’encadrement et de respect des normes d’accueil pour de tels événements de grande ampleur.

Cette mesure intervient quelques jours après la fermeture de l’église pentecôtiste « Grace Room Ministries », dirigée par la pasteure Julienne Kabanda, accusée par le même organisme de mener des activités religieuses contraires aux objectifs fixés dans ses statuts légaux. Ni l’église concernée ni sa responsable n’ont, pour l’instant, fait de déclaration publique.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement rwandais prend des décisions de ce type. En 2023, plus de 8 000 églises, mosquées et temples avaient été fermés dans tout le pays. Les autorités avaient alors insisté sur le fait que ces mesures n’étaient pas destinées à restreindre la liberté religieuse, mais à garantir la sécurité des pratiquants et le respect des normes d’urbanisme et d’hygiène. Certaines de ces structures ont ensuite été autorisées à rouvrir après mise en conformité.

Ces fermetures successives relancent cependant les critiques sur le manque de libertés au Rwanda. Des défenseurs des droits humains affirment que le pays impose un contrôle strict sur la société civile, y compris sur les organisations religieuses. Cette perception est renforcée par l’importance du christianisme dans la société rwandaise : la majorité des citoyens se réclament de confessions chrétiennes, bien que les croyances traditionnelles restent encore pratiquées par une partie de la population.

À noter qu’en février 2025, l’Ingoro ya Yezu Nyirimpuhwe de Ruhango avait été officiellement reconnue comme l’un des sanctuaires de la Miséricorde Divine à l’échelle internationale, un titre qui lui confère une dimension symbolique et religieuse au-delà des frontières du pays.

Reste à savoir si cette fermeture restera temporaire ou si elle s’inscrit dans une politique plus large de régulation des pratiques religieuses au Rwanda. En attendant, pour de nombreux fidèles, le vide laissé par l’arrêt des activités à Ruhango est lourd de sens et d’émotion.