Le mardi 8 octobre 2024, la Chambre spécialisée de la Haute Cour du Rwanda a condamné le politicien Abdul Rashid Hakuzimana à une peine de sept ans de prison, après l’avoir reconnu coupable de quatre chefs d’accusation liés à la négation et à la minimisation du génocide des Tutsis de 1994. Cette condamnation découle de déclarations controversées faites par Hakuzimana lors de discussions sur sa chaîne YouTube.
L’audience s’est déroulée en l’absence de l’accusé, qui avait choisi de se défendre lui-même, et sans la présence de sa famille. Le verdict a été rendu après environ 35 minutes d’examen des éléments du dossier par le juge. Tous les chefs d’accusation contre Hakuzimana ont été confirmés par la cour, à savoir : négation du génocide, minimisation du génocide, incitation à la division et diffusion de fausses informations.
Les déclarations incriminées ont été faites à plusieurs reprises sur sa chaîne YouTube, où il contestait le caractère unilatéral des commémorations du génocide des Tutsis. Hakuzimana avait notamment affirmé que ces commémorations devraient être abolies et que les rescapés du génocide ne devraient pas bénéficier d’une attention particulière. Il avait également critiqué la différence de traitement entre les enfants des victimes du génocide et les autres citoyens, en particulier ceux de l’ethnie hutu.
L’accusé a soutenu devant la cour que sa mise en accusation était entachée d’irrégularités procédurales, affirmant qu’aucune plainte formelle n’avait été déposée par le parquet. Cependant, le juge a rejeté ces arguments, indiquant que la procédure avait été correctement suivie, y compris l’usage des technologies pour la communication des documents judiciaires.
Le juge a estimé que les propos tenus par Hakuzimana, notamment l’affirmation selon laquelle il y aurait eu deux génocides au Rwanda – l’un contre les Tutsis et l’autre contre les Hutus – relevaient d’une tentative délibérée de déformer les faits historiques. Ces déclarations ont été jugées comme constituant une négation du génocide des Tutsis, un crime grave en vertu des lois rwandaises.
Concernant les accusations d’incitation à la division, le tribunal s’est appuyé sur les propos de Hakuzimana qui dénonçaient une prétendue inégalité dans l’accès à l’éducation entre les enfants de Tutsis et ceux des autres groupes ethniques. Hakuzimana avait également critiqué certains responsables politiques d’ethnie hutu, les accusant de se soumettre aux Tutsis en demandant pardon pour des crimes qu’ils n’auraient pas commis.
Le chef d’accusation de diffusion de fausses informations repose sur les affirmations de Hakuzimana selon lesquelles toute tentative de se présenter contre le président Paul Kagame aux élections conduirait inévitablement à l’emprisonnement. Il avait mentionné des exemples de politiciens comme Victoire Ingabire Umuhoza, Me Bernard Ntaganda et Deo Mushayidi pour appuyer ses propos, affirmant que son propre sort serait similaire.
La cour a rejeté cette défense, soulignant que Hakuzimana n’avait fourni aucune preuve tangible pour étayer ses accusations. L’accusé a cependant maintenu que son procès relevait de la persécution politique, accusant le parquet d’excès de zèle dans la poursuite de ses opinions en tant qu’homme politique.
Après avoir examiné l’ensemble des charges retenues contre lui, le tribunal a conclu à une intention manifeste de semer la division dans le pays, ce qui a conduit à la condamnation de Hakuzimana à sept ans de prison, assortie d’une amende d’un million de francs rwandais. Le tribunal a toutefois annulé les frais de procédure, Hakuzimana ayant comparu en état de détention.
Il s’agit de la deuxième condamnation d’Abdul Rashid Hakuzimana, qui avait déjà été emprisonné en 2008 pour des propos similaires tenus dans divers médias. Il s’était fait connaître à cette époque pour son projet de réconciliation entre le président Paul Kagame et son prédécesseur Pasteur Bizimungu, s’interrogeant sur l’absence d’alternance pacifique au sommet de l’État.
Abdul Rashid Hakuzimana rejoint ainsi d’autres figures de la contestation politique au Rwanda, comme Aimable Karasira Uzaramba et Yvonne Idamange Iryamugwiza, également emprisonnées pour des déclarations faites sur YouTube. Ces arrestations, souvent fondées sur des accusations de négationnisme, suscitent des critiques de la part d’organisations de défense des droits humains, telles que Human Rights Watch, qui dénoncent une répression accrue de la liberté d’expression au Rwanda.
Le régime de Paul Kagame, qui se présente comme un garant de la stabilité post-génocide, est régulièrement pointé du doigt pour sa gestion autoritaire du pays et son refus de tolérer toute forme de dissidence. Bien que les autorités rwandaises défendent ces mesures comme étant nécessaires pour préserver l’unité nationale et empêcher la résurgence des discours divisionnistes, les critiques font valoir que la répression des voix dissidentes, souvent sous le prétexte de la lutte contre le négationnisme, porte atteinte aux libertés fondamentales.
La condamnation d’Abdul Rashid Hakuzimana s’inscrit dans ce contexte tendu où les frontières entre la protection de la mémoire nationale et la restriction de la liberté d’expression restent floues.
























































