Vendredi de gratitude: Dr. Naasson Munyandamutsa, l’homme qui réparait l’irréparable.

Par Ariane Mukundente

La personne à l’honneur pour ce Vendredi de gratitude du 8 Octobre 2021 est le Dr. Naasson Munyandamutsa. Ce grand psychiatre est né le 2 Juillet 1958 dans l’ancienne commune de Rwamatamu à Kibuye. Il fait ses études primaires à Rwamatamu et ses études secondaires au Groupe scolaire de Gitwe à Ruhango. Il obtient son diplôme de médecine générale de l’Université nationale du Rwanda en 1986. Aussitôt son diplôme en poche, il est affecté à l’Hôpital Neuropsychiatrique de Ndera.

Plus tard, il prit le chemin de la Suisse pour faire une spécialisation en psychiatrie ne se doutant pas que ce choix se voulait prémonitoire car son peuple aurait besoin, dans un future proche, de ses soins plus que jamais.
Il ne rentra pas au Rwanda tout de suite. Il pratiqua dans les hôpitaux de Suisse en enseignant en même temps la psychiatrie à l’Université de Genève. Après le génocide contre les Tutsis de 1994 qui décima toute sa famille à l’exception d’un frère, il rentra au Rwanda en 1996 où il entreprit un travail colossal : la construction d’un système de santé mentale pour venir en aide aux rescapés du génocide traumatisés.

À l’aide de la coopération Suisse, il construit un Hôpital psychiatrique au pays et commença à former du personnel infirmier et des médecins pour fournir à la nouvelle institution les professionnels dont elle avait besoin. Un travail titanesque, à vrai dire, car le Rwanda constituait selon lui : « un pays qu’on ne peut pas réparer car les valeurs fondatrices ont volé en éclat et où se pose en permanence la question de la relation à l’autre ».
Il s’installa définitivement au Rwanda en 2001 pour se concentrer sur son travail de psychiatre et de psychothérapeute.

Parallèlement à ces responsabilités, il occupa la charge de Directeur adjoint de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), un organisme qui œuvrait pour la réconciliation au Rwanda. Le Dr. Munyandamutsa était respecté par de nombreuses institutions internationales qui le considéraient comme le père de la santé mentale du Rwanda post-génocide. Il a reçu plusieurs prix, notamment le « Prix de la Fondation de Genève pour les droits de l’homme en psychiatrie » et le « Prix Barbara Chester » en reconnaissance de son rôle exceptionnel dans le traitement des victimes du traumatisme.

Il meurt d’un cancer le 1 mars 2016 à l’âge de 58 ans. Mais qu’est-ce que les Rwandais ont fait au bon Dieu? Ce dernier a le don de leur ravir les grands hommes, encore dans la force de l’âge, alors qu’il en a encore grandement besoin. Le Rwanda pleure encore ce héros parti si tôt, laissant derrière lui plusieurs de ses orphelins toujours traumatisés. C’est pour cette raison que l’ « homme qui réparait les traumatisés » mérite notre hommage le plus senti. Son passage sur cette terre n’aura pas été vain puisque le Rwanda en est très fier. Et nous ne sommes pas les seuls à lui rendre hommage, car l’auteure Marie-Odile Godard a écrit un livre sur lui intitulé ‘’Dr Naasson Munyandamutsa, l’Umupfumu, un psychiatre à l’épreuve du génocide’’ où elle le décrit comme un modèle, un sorcier, un éveilleur etc.

Une personne au cœur d’or qui a consacré sa vie aux autres et qui en fit sa joie de vivre. Comme l’illustre si bien l’une des phrases du grand Homme, à la grandeur d’âme s’exprimant dans ces quelques mots : ‘’ Aider les autres, c’est thérapeutique. Une source non alimentée ne peut donner d’eau. Si je tiens debout aujourd’hui, avec mes faiblesses et mes imperfections, c’est parce que je reçois beaucoup des gens qui viennent me voir. Je suis constamment rempli ‘’. Quoi ajouter de plus? Il est entré dans le Panthéon des plus grands hommes que le Rwanda ait connu.

Dr. Naasson Munyandamutsa, niyubahwe!

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