Vendredi de gratitude : La résiliente Ingabire Umuhoza Victoire

Par Mukundente Ariane

La quasi majorité des personnes que j’ai présenté jusqu’à maintenant pour mes vendredis de gratitude sont des hommes. Le Rwanda est un pays patriarcal où la femme était toujours effacée. C’est pour cela qu’on n’a pas vu beaucoup de femmes rwandaises qui peuvent rivaliser avec les hommes dans leur carrière, sauf tout récemment après 1994. C’est ainsi que pour mon vendredi de gratitude, j’ai le plaisir de présenter une femme très courageuse, Mme Umuhoza Ingabire Victoire.

Femme politicienne, elle suscite beaucoup des réactions. Elle est violemment calomniée par ses adversaires politiques et admirée par les autres pour son courage et sa résilience. Une chose est sûre c’est une personnalité qui ne passe pas inaperçue, sa notoriété est même internationale pour l’opposante la plus populaire au Rwanda.

Bien que je m’intéresse à la politique en générale, moi qui croit au vrai multipartisme et des vrais partis d’opposition qui compétitionnent pour le pouvoir, la politique Rwandaise n’est pas très excitante, car tout est prévisible. Donc, avant je ne me suis jamais intéressé à la politique de qui que ce soit au Rwanda, y compris Ingabire. Elle a attiré mon attention par un simple hasard suite à un article d’Igihe. Cet article disait qu’Ingabire lors d’une réunion avec ses partisans a demandé à ces derniers de ne pas recruter des Tutsis dans son parti. C’était quelques mois après sa sortie de la prison. Cette nouvelle m’a coupé le souffle. Comment une femme intelligente, instruite comme Ingabire qui vient de sortir de la prison et qui sait les conséquences des tels propos au Rwanda pouvait prononcer ces mots? Il y avait anguille sous roches, pour moi, c’était impossible. Le mensonge était trop gros pour être vrai. Il s’est avéré effectivement que c’était un mensonge grossier, Igihe s’est distancé de cet article lorsqu’Ingabire a voulu porter plainte.

Après cet incident, j’ai été très curieuse. Le journal Igihe est un journal pro-gouvernemental, il peut plaider l’ignorance, mais il ne peut pas publier un article comme celui-là sans raison. Je comprends très bien les attaques d’un adversaire en politique, c’est de bonne guerre.

Mais ce qui m’a intrigué ce jour-là, c’est la nature de l’attaque. Comment les gens peuvent-ils inventer des mensonges en rapports avec la haine ethnique? Pourquoi vouloir accoler à Ingabire, un discours raciste qu’elle n’a pas tenut? Pourquoi ressortir les fantômes de l’ethnisme délibérément à ce moment même, dans un pays où on dit que les ethnies n’existent plus? Comment un journal pro-gouvernemental comme Igihe a-t-il publié un article sur la haine ethnique en manipulant la population ? J’avais beaucoup des questions, car des simples paysans avaient été manipulé pour mentir sur la haine ethnique. On ne joue pas avec ces choses-là, ça a abouti à un génocide. Et j’ai commencé à suivre les discours d’Ingabire, car je voulais savoir exactement ce qu’elle dit dans ses discours pour déceler moi-même l’extrémisme qu’on voulait l’accoler. Je venais d me rendre compte que ce qu’on écrit et dit sur elle n’étaient plus fiables, il fallait l’écouter par soi-même pour être au courant exactement de ses propos pour la juger.

Je voulais savoir entre Ingabire et ses adversaires qui dit la vérité, qui véhiculent les discours de la haine et de la division ethnique. Je l’ai suivi à la lettre, je disséquais chaque mot qu’elle disait pour l’analyser. Je suis tombée de nue. De tous les discours des politiciens intérieurs comme extérieurs, Ingabire est parmi les plus pacifistes. Elle a un discours rassembleur, inclusif qui s’adresse à toute la population rwandaise digne d’une grande politicienne. Après cette découverte, je me suis amusée à demander aux gens qui ne l’aimaient pas, le pourquoi de cette animosité car j’étais curieuse de leur réponse.

La plupart ne pouvait pas me répondre réellement, c’est comme si je les prenais au dépourvu, car ils étaient obligés de réfléchir pour me répondre. Certains me disaient qu’elle était extrémiste et quand je les demandais de me donner une seule phrase qui l’aurait dit qui montre son extrémisme ethnique, ils ne pouvaient pas me répondre car, ils n’avaient même pas écouté aucun discours d’Ingabire. Les plus virulents me parlaient des mots qu’elle a prononcé au site mémorial de Gisozi en 2010, que les Hutus ont été tué aussi et qu’il fallait le reconnaître publiquement. Au fait ce qu’Ingabire a dit ce jour-là ne fait pas d’elle une extrémiste ethnique, car cela n’a pas rapport, en plus ce qu’elle a dit, le Président Kagame l’a dit récemment dans un journal Britannique à savoir qu’un grand nombre des Hutus sont morts.

J’ai lancé un défi à n’importe quelle personne de me montrer un seul discours d’Ingabire qui prêche la haine que ses adversaires essayent de nous faire avaler. Au fait, plus ils mentent à propos d’elle, plus les gens éprouvent de la sympathie pour elle et elle gagne en popularité. Car les mensonges et les calomnies sont tellement grossiers et violents qu’on a envie d’aller connaître cette Ingabire et d’écouter ce qu’elle dit. Et quand on se rend compte du contraste de ce qu’elle dit et ce qui est dit sur elle, on tombe de nue. C’est à se demander qui véhicule la haine. Et c’est admirable comment elle reste digne devant cette agressivité à son égard. Elle reste une politicienne modèle qui appelle au respect de la loi et aux institutions. C’est ici qu’on voit l’aura de cette grande dame et son respect devant la fonction suprême qu’elle convoite. Elle en a les qualités et les compétences, ces épreuves fait d’elle, une femme résiliente et aguerrie de la politique rwandaise. Qui est-elle?

Ingabire Umuhoza Victoire est né le 3 Octobre en 1968 au Rwanda. Après ses études primaires et secondaires, elle ira faire ses études universitaires au Pays-Bas, en droit commercial et comptabilité. Brillante, en 1997, elle continue ses études supérieures en économie commerciale et gestion des entreprises. Après ses études, elle obtient un poste de cadre dans une compagnie privée de dimension internationale ayant son siège aux Pays-Bas, où elle est chargée de contrôler et coordonner les services comptables de 25 filiales installées en Europe, en Asie et Afrique. Ingabire a tout, une vie envieuse: un emploi prestigieux, un foyer et mère de trois enfants.

Toutefois, en 2010 elle plaque tout et descend dans son pays natal, le Rwanda pour briguer la présidence aux élections de 2010. Arrivé sur le terrain, son calvaire commence. Quelques mois après son arrivée au Rwanda, elle est arrêtée et fut condamnée en première instance à 8 ans d’emprisonnement pour «conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre» et «minimisation du génocide» de 1994. Elle porte le jugement en appel en Cour Suprême. Ce dernier alourdit à 15 ans de prison la condamnation de Victoire Ingabire. Son avocat porta le jugement à la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP). Septembre 2018, elle est libérée par la grâce présidentielle. Entre temps, elle est blanchie par CADHP le 7 décembre 2018, et ce denier condamne le gouvernement rwandais à verser 72 000$ à l’opposante Victoire Ingabire en guise de réparation des préjudices matériels et moraux occasionnés par ses huit années d’emprisonnement.

Dès sa sortie de la prison le 15 Septembre, Ingabire n’a pas abandonné la politique active, malgré les épreuves. Les élites du Rwanda, grandes comme petites, frappent fort sans arrêt avec les accusations les plus abjectes sous l’œil bienveillant du pouvoir qui laisse cette haine se déverser sur une citoyenne innocente, malgré ses appels aux autorités pour le respect de la loi. Elle perd toute sa garde rapprochée, les assassinats et disparitions des partisans de son parti FDU-Inkingi, ensuite Dalpha-Umurinzi ne s’arrêtent pas, la liste est longue. Mais devant ces épreuves Mme Ingabire dans sa douceur reste zen et douce, elle continue son bout de chemin sans broncher en gardant le focus sur son travail de politicien.

À ceux qui ne la connaissent je ne vous dis pas de me croire, écoutez vous-même ses discours et c’est à vous de juger si vous êtes devant un monstre qu’on essaye de nous présenter. Ensuite , demandez-vous la raison de cette violence qui flirte souvent avec de l’ethnisme dans notre Rwanda d’après 1994. Vous allez entendre qu’elle négationniste. Demandez à voir la preuve de cette accusation : une seule phrase qu’elle aurait prononcée, un seul geste qu’elle aurait fait. Et saviez-vous quoi? Elle a perdu son petit frère dans le génocide, on l’avait pris pour un Tutsi. Dans cette période de commémoration, elle aussi, elle commémore la mort de son frère. Acceptons que Mme Ingabire a droit de faire la politique et d’aspirer à la fonction suprême. C’est son droit le plus absolu. Mais si on choisit aussi, l’option de mentir à son égard, eh bien préparez-vous, car elle défie toutes règles. Lorsqu’il s’agit d’elle le « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » devient « mentez, mentez et la vérité sortira ».

Ses adversaires et les autres politiciens ont beaucoup à apprendre d’elle. Elle a beaucoup d’avamce sur eux étant sur le terrain et maîtrisant comment faire de la politique, la vraie : par un discours positif et apaisant, une attitude de proximité sincère avec les gens qui ne feint pas de s’occuper de leurs préoccupations ; par le respect des lois du pays et les droits humains; et enfin, par la recherche du bien commun plus que les intérêts personnels. Quant à nous, simples citoyens, nous ne pouvons que souhaiter beaucoup des politiciens comme Victoire Ingabire Umuhoza qui ont message apaisant, inclusif et rassembleur axé sur le respect de la loi et l’émergence d’un pays de droit. Un peuple a les politiciens qu’il mérite, exigeons la qualité et ayons beaucoup de choix des politiciens dignes de ce nom pour nous diriger.

Rendons hommage à cette grande dame charismatique ayant un discours rassembleur, apaisant, poli et constructif qui touche toutes les couches de la population rwandaise, petits comme grands, riches comme pauvres, toute ethnie confondue. Les rwandais ont besoin d’entendre un discours apaisant.

Mme Ingabire Victoire Umuhoza, yubahwe!

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