Kagame Défiant Face aux Sanctions Occidentales : “La Belgique est un Petit Pays, le Rwanda Répondra”

Par Marc Matabaro

Ce dimanche 16 mars 2025, lors d’un grand rassemblement à la BK Arena de Kigali, où plus de 8 000 personnes avaient été mobilisées dès l’aube, le président Paul Kagame a prononcé un discours virulent contre la Belgique et les puissances occidentales, qu’il accuse de chercher à affaiblir le Rwanda. L’événement, initialement prévu à Gahanga, avait été déplacé en raison de la pluie. Kagame, arrivé vers 11h00 avec son épouse, a dénoncé une campagne internationale visant, selon lui, à maintenir Kigali sous tutelle.

Le président rwandais a ciblé particulièrement la Belgique, ancienne puissance coloniale, la qualifiant de “petit pays” qui continue à interférer dans les affaires du Rwanda. “Nous avons été colonisés par un petit pays qui a découpé et détruit le Rwanda, et même après plus de 30 ans, ils continuent à nous traquer. Mais nous ne sommes plus sous leur contrôle,” a-t-il déclaré sous les acclamations de la foule. Il accuse Bruxelles d’être à l’origine de la pression exercée au sein de l’Union Européenne pour sanctionner des responsables rwandais.

Kagame a violemment critiqué la vague de sanctions internationales qui frappent son pays, affirmant qu’elles visent à empêcher le Rwanda de se développer librement. “Ils ne veulent pas que nous soyons pauvres, mais ils ne veulent pas non plus que nous soyons riches. Ils veulent nous garder sous leur contrôle,” a-t-il dénoncé. Depuis le début de l’année, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique et le Canada ont imposé différentes sanctions économiques et diplomatiques contre le Rwanda, invoquant son rôle dans le conflit à l’Est de la RDC.

L’Union Européenne, sous l’impulsion de la Belgique, prévoit de sanctionner individuellement neuf responsables rwandais et du M23 ce lundi 17 mars, les accusant d’être impliqués dans la guerre en RDC. Ces sanctions incluront des interdictions de voyage et des gels d’avoirs, reflétant l’inquiétude croissante de Bruxelles face aux actions militaires du régime de Kigali. Les États-Unis sont à ce jour le seul pays à avoir sanctionné directement un haut responsable rwandais, ciblant James Kabarebe, ministre d’État rwandais en charge de l’Intégration régionale, accusé de superviser les opérations militaires au Congo.

Face à ces sanctions, Kagame a affiché un ton de défi, annonçant que le Rwanda prendrait des mesures de représailles malgré ses moyens limités. “Nous allons nous défendre avec ce que nous avons, aussi petits soient nos moyens. Nous allons répondre à ces sanctions,” a-t-il martelé, sans préciser la nature exacte des contre-mesures envisagées.

Il a également averti les Rwandais que des jours difficiles s’annoncent en raison des tensions diplomatiques et économiques. “Nous avons déjà traversé des périodes difficiles et nous les avons surmontées. Cette fois encore, nous allons tenir bon. Mais préparez-vous, car les jours à venir ne seront pas faciles,” a-t-il averti, appelant la population à “serrer la ceinture”.

S’adressant directement à la Belgique, Kagame a fustigé ce qu’il considère comme une ingérence continue, déclarant : “Nous voulons être Rwandais, pas Belges !” Il a rappelé que Bruxelles avait joué un rôle dans la division du Rwanda et la perpétuation des tensions ethniques qui ont conduit aux tragédies du passé. “Ils ont coupé le Rwanda en morceaux pour qu’il soit aussi petit qu’eux,” a-t-il ironisé.

En réponse aux propos de Kagame, l’analyste belge Filip Reyntjens a déclaré que le président rwandais devrait “prendre quelques leçons d’histoire”, soulignant que la Belgique n’avait jamais manifesté un réel intérêt pour le Rwanda et qu’elle “s’était retrouvée coincée avec lui après la Première Guerre mondiale.”

Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais, a relayé sur les réseaux sociaux une citation de Kagame en guise de justification : “Nous voulons être Rwandais [pas ces autres-là, ces petits sans honte]. Le chemin que nous avons choisi est d’être nous-mêmes, de vivre bien avec les autres et de faire ce que nous devons pour avancer.”

De son côté, David Himbara, ancien conseiller de Kagame, a estimé que le président rwandais est de plus en plus isolé sur la scène internationale : “Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’UE, l’Allemagne, la Suède et le Canada l’ont mis en quarantaine—mais il s’acharne contre la Belgique. Pourtant, la Belgique ne l’a jamais mis à l’écart ; c’est Kagame qui a mis la Belgique en quarantaine.”

Un analyste rwandais a souligné que les déclarations de Kagame sont un aveu des difficultés économiques à venir. “Il a dit aux Rwandais de serrer la ceinture, ce qui signifie qu’il sait que le pays va être gravement touché par ces sanctions,” a-t-il commenté.

Alors que la pression internationale s’intensifie contre Kigali, Kagame tente de rassembler son peuple autour d’un discours nationaliste et de résistance. Toutefois, avec l’isolement diplomatique croissant du Rwanda et l’aggravation des sanctions économiques, l’avenir du pays sous cette pression reste incertain.