Par: Correspondant spécial – Kigali
Un grand-père rwandais, Jean Chrisostome Mubirigi, est porté disparu dans des circonstances préoccupantes après une série d’arrestations menées par les forces de sécurité rwandaises à la suite de l’attaque armée du 18 juin 2022 dans le district de Nyamagabe, à proximité de la forêt de Nyungwe.
Mubirigi, ancien prisonnier libéré en 2015 après avoir purgé une peine de 20 ans, a été arrêté le 22 juin à son domicile en même temps que sa fille, Prudente Mubirigi, lors d’une descente conjointe de la police et de l’armée. Alors que sa fille a été relâchée quatre jours plus tard, le 26 juin, aucune trace de M. Mubirigi n’a été retrouvée depuis.
Selon des voisins, la famille est plongée dans une grande détresse. La mère de Prudente s’est rendue au poste de police peu après la libération de sa fille pour apporter de la nourriture et des vêtements à son mari. Les autorités lui ont déclaré que ce dernier avait déjà été relâché. Toutefois, les recherches menées dans les hôpitaux, centres de santé et lieux de détention de Kigali et de la province du Sud n’ont donné aucun résultat.
« Ils lui ont dit qu’il était rentré à la maison », rapporte un témoin. « Mais personne ne l’a vu depuis. Elle a tout essayé. Ils veulent juste savoir où il est. »
Cette disparition survient dans un contexte de rumeurs persistantes autour du mari de Prudente, Mr Mugabo, qui a quitté le Rwanda quelques années auparavant. Certains affirment qu’il aurait rejoint les rebelles du FLN (Front de Libération Nationale), le groupe accusé d’avoir mené l’attaque de Kitabi. D’autres assurent qu’il réside actuellement en Europe. À ce jour, aucune de ces affirmations n’a pu être confirmée.
Mubirigi avait mené une vie discrète depuis sa sortie de prison, respectant les conditions de sa libération conditionnelle, notamment l’interdiction de toute implication politique. Sa disparition soudaine soulève des soupçons d’enlèvement à motivation politique, d’autant plus que certains membres de sa famille sont indirectement liés à des personnalités d’opposition des accusations que la famille réfute fermement.
Interpellée devant son domicile le jour de sa libération, Prudente Mubirigi, visiblement bouleversée, a refusé de s’exprimer publiquement. « Je ne peux rien dire pour le moment », a-t-elle simplement soufflé, avant d’être conduite à l’intérieur par des proches.
Un observateur des droits humains basé à Kigali, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Si la police affirme que M. Mubirigi a été libéré, elle doit en fournir la preuve. Cette affaire ressemble à d’autres disparitions forcées que nous avons documentées ces dernières années. »
Les autorités n’ont pas publié de communiqué officiel concernant les arrestations récentes ni sur le sort de M. Mubirigi. Les médias d’État ont évoqué de manière vague des « opérations antiterroristes en cours » liées à l’attaque de Kitabi, sans donner de noms ni de détails.
À ce jour, Jean Chrisostome Mubirigi reste introuvable, et les appels de sa famille à obtenir des informations sont restés sans réponse.
























































