Le retrait progressif des troupes de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe en République démocratique du Congo (SAMIDRC) a pris une tournure inattendue. Escortée par l’armée rwandaise à travers son territoire, cette force régionale quitte la RDC dans une atmosphère d’humiliation, de confusion logistique et d’échec militaire, pendant que des centaines de soldats congolais battus sont également évacués de Goma sous protection des Nations Unies.
Un départ coordonné… sous contrôle rwandais
Depuis fin avril 2025, des convois militaires composés d’équipements et de soldats sud-africains, malawites et tanzaniens traversent les routes du nord-ouest du Rwanda pour rejoindre la Tanzanie, après avoir quitté leurs bases à Goma et à Sake. Le passage par le Rwanda, validé officiellement par Kigali et confirmé par le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, a été salué comme un geste de “soutien aux efforts de paix”. Mais pour de nombreux analystes, il s’agit avant tout d’un symbole du déséquilibre régional : c’est à Kigali que se prennent les décisions-clés sur le terrain.
Pendant ce temps, les rebelles du M23, qui contrôlent la ville de Goma depuis janvier, inspectent les équipements de la SAMIDRC sur le départ, provoquant frustration et colère dans les rangs de cette mission dont plusieurs soldats sont tombés durant les combats.
FARDC en déroute : la honte d’un État effondré
Simultanément à ce retrait, les Nations Unies ont confirmé avoir commencé à transférer vers Kinshasa “des centaines” de militaires et policiers congolais qui avaient trouvé refuge dans les installations de la MONUSCO à Goma après la prise de la ville par le M23. Ces soldats, désarmés et hébergés pendant des semaines dans des conditions précaires, sont évacués avec l’aide logistique du CICR.
La Croix-Rouge affirme avoir été sollicitée par la MONUSCO, le ministère congolais de la Défense et… le M23, dans le cadre d’un accord de neutralité et de respect du droit international humanitaire. Un détail révélateur de l’influence croissante du M23 dans la gestion des affaires militaires locales.
Cette évacuation en masse confirme l’ampleur du désastre militaire des FARDC. Dès janvier, de nombreux officiers avaient fui Goma en bateau vers Bukavu, abandonnant leurs troupes. Des milliers de soldats et de miliciens Wazalendo se sont soit rendus, soit intégrés de gré ou de force dans les rangs du M23, qui assure même leur formation avant de les réaffecter.
Un coût lourd aussi pour le M23 et ses alliés
Malgré leur défaite stratégique, les forces de la SAMIDRC, en particulier le contingent sud-africain, ont infligé des pertes sévères au M23 et à ses soutiens rwandais lors de la bataille pour Goma en janvier 2025. Selon des sources militaires relayées par Business Day, plus de 700 combattants du M23 auraient été tués au cours des affrontements violents, notamment par le feu nourri du “groupe d’intervention rapide” (QRF) sud-africain, positionné à l’avant-garde. Ces pertes, largement sous-estimées dans la communication officielle du M23, auraient conduit au retrait temporaire de plusieurs unités de la rébellion, selon un rapport confidentiel de l’Union africaine. Des officiers RDF ont également été blessés ou tués lors de ces combats, confirmant l’implication directe des forces spéciales rwandaises dans les opérations à Goma.
La SAMIDRC : mission impossible sans partenaire crédible
Déployée à la hâte fin 2023, sans véritable plan de soutien aérien ni logistique adapté, la mission de la SADC a rapidement buté sur la réalité : sans une armée partenaire capable et structurée, sa mission devenait impossible. Les FARDC, gangrenées par la corruption et la désorganisation, se sont effondrées. À Goma, les soldats sud-africains ont payé le prix fort, avec 17 morts et des dizaines de blessés. Le “groupe d’intervention rapide” (QRF) de la SAMIDRC, pourtant formé pour faire face à des offensives de haute intensité, s’est retrouvé isolé et débordé.
Selon des sources militaires, lors de la bataille pour l’aéroport de Goma, la mission a dû affronter non seulement les éléments du M23, mais aussi une force rwandaise bien équipée, qui a franchi la frontière en force au nord de la ville. Des instructeurs militaires roumains présents dans la zone se sont barricadés dans leurs hôtels, et selon une source sécuritaire, auraient livré aux forces rwandaises les plans de défense de Goma et les dispositifs des FARDC, afin de garantir leur propre sécurité.
Un retrait structuré… imposé par Kigali
L’aéroport de Goma étant resté hors d’usage – officiellement faute de réparation par la SADC, mais en réalité contrôlé par le M23 – les chefs militaires sud-africain, tanzanien et malawite ont décidé le 11 avril à Dar es Salaam d’opter pour un retrait terrestre via le Rwanda. Ce choix a nécessité une validation formelle de Kigali, aujourd’hui maître de l’accès aux zones de retrait. Une équipe technique conjointe a été envoyée pour planifier les itinéraires les plus sûrs, en évitant les zones de tension.
Tous les soldats de la SAMIDRC doivent avoir quitté la RDC avant le 30 mai. Le port de Chato, en Tanzanie, servira de point de transit pour le rapatriement. Les derniers à partir seront les éléments de la QRF, chargés d’assurer la sécurité des derniers convois.
Doha, la clé invisible des récents développements ?
L’évacuation des militaires FARDC réfugiés à la MONUSCO, tout comme le retrait “ordonné” de la SAMIDRC, pourrait s’inscrire dans le cadre d’un accord plus large issu des discussions de Doha entre Kinshasa, Kigali et le M23. Des signes récents – notamment la libération par Kinshasa de proches collaborateurs du M23 – laissent entendre qu’un compromis a été conclu. Dans ce contexte, Kigali, architecte de facto du M23, conserve un rôle décisif : aucune décision majeure sur le terrain ne peut être prise sans l’aval du président Paul Kagame ou de son émissaire James Kabarebe.
Une nouvelle carte régionale en train de se dessiner
Le départ de la SAMIDRC et le transfert des centaines de soldats congolais de Goma scellent un tournant stratégique dans l’est de la RDC. Le M23, renforcé et organisé, contrôle désormais totalement la ville de Goma. Kigali, tout en niant son soutien, agit désormais comme une puissance d’occupation déguisée. Kinshasa, marginalisée et politiquement affaiblie, n’a plus de levier militaire crédible. La SADC, pour sa part, quitte la scène sur un échec retentissant, abandonnant à leur sort les populations locales.


























































