Kinshasa et Kigali ne s’affrontent pas uniquement sur le champ militaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ; désormais, c’est aussi sur les terrains du “soft power” sportif que la rivalité s’exacerbe. Tandis que le Rwanda consolide sa présence dans le football européen à travers des partenariats prestigieux, la RDC de Félix Tshisekedi tente de répliquer avec ses propres outils d’influence.
D’après une révélation d’Africa Intelligence, l’exécutif congolais prévoit d’investir quelque 4,8 millions d’euros dans un partenariat avec le club de football de l’AS Monaco. Cette opération vise à positionner la RDC sur la carte du soft power sportif, à l’image de la stratégie déployée par le Rwanda via sa marque Visit Rwanda.
Le timing n’est pas anodin. Alors que le conflit dans l’est de la RDC s’aggrave, avec plus de 7 000 morts recensés depuis janvier 2025, Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir activement le M23, groupe rebelle responsable de nombreuses exactions. Cette accusation, fermement rejetée par Kigali, alimente une vive hostilité entre les deux pays.
Le Rwanda, de son côté, poursuit une stratégie offensive de communication internationale à travers le sport. Après Arsenal, Paris Saint-Germain, Bayern Munich, et plus récemment Benfica, Kigali a signé le 30 avril 2025 un nouvel accord de sponsoring avec Atlético de Madrid. Cet accord, valable jusqu’en 2028, prévoit l’apparition du logo Visit Rwanda sur les maillots d’entraînement, les supports digitaux du club, ainsi que sur les équipements des équipes masculines et féminines.
Jean-Guy Afrika, PDG du Rwanda Development Board, y voit une confirmation de la « transformation stratégique du pays en hub du tourisme et de l’investissement », tandis qu’Óscar Mayo, directeur général d’Atlético, loue « la solidité et la vision internationale » du Rwanda.
Mais cette offensive d’image ne passe pas inaperçue. Des voix s’élèvent, en particulier au sein de la diaspora congolaise. Le collectif Gunners for Peace, composé de supporters d’Arsenal originaires de la RDC, réclame la fin du contrat entre leur club et Visit Rwanda, estimé à 10 millions de livres sterling par an. Leur message : « Pas de promotion d’un pays accusé de crimes de guerre ».
Certains fans congolais n’hésitent plus à agir. Trésor Kudabika, par exemple, a recouvert le logo Visit Rwanda sur son maillot d’Arsenal avec le drapeau congolais. Le collectif a même distribué des brassards pour cacher le logo lors de matchs, comme celui face à Crystal Palace, et diffuse des vidéos parodiques appelant à « visiter Tottenham » pour dénoncer l’ironie d’un tel partenariat.
Malgré cela, le gouvernement rwandais défend son modèle. Il affirme que ces campagnes de sponsoring ont permis de générer près de 650 millions de dollars en revenus touristiques en 2024, et qu’elles contribuent à changer l’image du pays. Kigali revendique également le droit, comme tout autre État, d’utiliser le sport comme levier économique et diplomatique.
Du côté de Kinshasa, l’initiative de se rapprocher de l’AS Monaco est perçue comme une réaction directe à cette stratégie rwandaise. Mais dans un contexte où la RDC manque cruellement de financements pour sa défense, ses hôpitaux ou encore pour la MONUSCO en retrait, cet investissement dans le football européen peut apparaître déconnecté des priorités nationales.
La rivalité RDC-Rwanda ne se joue donc plus uniquement dans la boue du Nord-Kivu, mais aussi dans les salons feutrés des stades européens. Le sport devient un terrain de lutte d’image, un théâtre de rivalités géopolitiques, où les drapeaux ne flottent pas seulement dans les tribunes, mais sur les maillots des stars mondialisées.


























































