Bruxelles: L’opposition rwandaise dénonce l’arrestation arbitraire de Victoire Ingabire

Par Marc Matabaro

Victoire Ingabire

Bruxelles, 20 juin 2025 – L’arrestation soudaine de Victoire Ingabire Umuhoza dans la nuit du 19 au 20 juin à Kigali suscite une vague d’indignation dans les milieux de l’opposition rwandaise et au sein de la diaspora. Deux communiqués, émanant respectivement de l’association Jambo ASBL et du parti FDU-Inkingi, dénoncent une mesure arbitraire, révélatrice d’un climat politique de plus en plus fermé à toute contestation pacifique.

Selon le communiqué de Jambo ASBL, une organisation basée en Belgique regroupant de jeunes Rwandais en exil, l’arrestation repose sur une accusation de participation à une “association criminelle”, en lien avec une prétendue “incitation à l’insurrection ou à la perturbation de l’ordre public”. Une charge jugée “vague et éminemment politique”, utilisée selon l’association pour faire taire l’une des figures les plus en vue de l’opposition non violente au Rwanda.

Victoire Ingabire est depuis longtemps au cœur des tensions entre le régime de Kigali et ses opposants. Revenue volontairement au Rwanda en janvier 2010 pour participer à la reconstruction démocratique de son pays, elle avait été arrêtée quelques mois plus tard, avant d’être condamnée à 15 ans de prison à l’issue d’un procès entaché d’irrégularités, comme l’a confirmé la Cour africaine des droits de l’homme en 2017. Elle avait été libérée en 2018 grâce à une grâce présidentielle, dans un contexte tendu à la veille d’un sommet de la Francophonie.

Mais cette libération n’a pas mis fin aux pressions. Soumise à une étroite surveillance, Mme Ingabire avait repris son engagement politique à travers la création du parti DALFA-Umurinzi. Loin d’apaiser les tensions, ce nouveau départ a ravivé l’animosité du pouvoir à son égard. Dans son communiqué, Jambo ASBL rappelle que plusieurs proches de l’opposante ont depuis été emprisonnés, ont disparu ou ont été assassinés.

Pour les FDU-Inkingi, le parti d’origine de Victoire Ingabire qu’elle a dirigé jusqu’en 2019, cette nouvelle arrestation est une tentative manifeste d’étouffer les voix critiques. Le président du parti, Placide Kayumba, dénonce une répression politique systémique. Il souligne que cet acte intervient le jour même de la Journée mondiale des réfugiés, un symbole fort pour les centaines de milliers de Rwandais en exil, souvent en raison de la peur des persécutions.

Le parti exige la libération immédiate et inconditionnelle de Mme Ingabire et appelle à une mobilisation internationale. Il entend alerter les instances régionales et mondiales des droits humains, notamment les Nations unies, l’Union africaine et le Parlement européen.

L’échéance d’octobre 2025, qui devait marquer la fin officielle de sa peine de 15 ans et l’annulation des conditions liées à sa libération anticipée, est présentée comme une explication possible de cette nouvelle détention. Jambo ASBL y voit un calcul politique visant à l’empêcher d’exercer pleinement ses droits civiques.