Conférence des États généraux des réfugiés rwandais – Bruxelles, le 21 juin 2025. Un moment fort de plaidoyer et de témoignages diffusé en direct sur la chaîne YouTube de Radio Inkingi, avec une réalisation assurée par Gaspard Musabyimana.
Le samedi 21 juin 2025, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, s’est tenue à la Maison des Associations Internationales de Bruxelles une conférence internationale consacrée à la situation des réfugiés rwandais. Organisé par plusieurs organisations de la diaspora, l’événement, retransmis en direct sur la chaîne YouTube de Radio Inkingi, a rassemblé experts, militants et réfugiés autour d’un enjeu souvent oublié : la condition des exilés rwandais et leur rôle dans l’avenir du pays.
Parmi les intervenants de renom figuraient le Dr Étienne Mutabazi, le Dr Vincent Bizimana, Gloria Uwishema, Placide Kayumba, Gustave Mbonyumutwa et Norman Ishimwe Sinamenye,cofondateur du mouvement All For Rwanda. Tous ont plaidé pour une reconnaissance pleine et entière des droits des réfugiés, pour une réforme des politiques rwandaises, et pour une implication active des exilés dans les processus de paix et de réconciliation.
Le Dr Étienne Mutabazi, Secrétaire général du Rwanda National Congress, a ouvert les débats en rappelant le cadre juridique international qui protège les réfugiés, notamment la Convention de Genève (1951), son Protocole additionnel (1967) et la Convention de l’OUA (1969). Il a mis en garde contre les amalgames fréquents entre réfugiés politiques et criminels, dénonçant une stigmatisation injustifiée. Selon lui, l’exil rwandais trouve sa source dans la répression politique, et toute solution durable doit commencer par une lecture objective, juridique et impartiale du statut des réfugiés.

Le Dr Vincent Bizimana a quant à lui présenté les résultats d’une enquête anonyme menée auprès des réfugiés rwandais en Afrique, principalement en République démocratique du Congo. Cette étude révèle que les causes du déplacement — répression, insécurité, absence de garanties juridiques — persistent encore aujourd’hui. Il a également dénoncé les effets négatifs de la clause de cessation, appliquée sans évaluation individuelle des situations. Les conclusions sont claires : tant que les réformes politiques, les garanties de justice et la sécurité ne sont pas assurées, le retour volontaire et digne des réfugiés restera inenvisageable.
Dans le même esprit, Norman Ishimwe Sinamenye, président de Jambo ASBL, a présenté les objectifs du mouvement All For Rwanda, né à la suite du massacre de Kishishe et Bambu en 2022, où des centaines de réfugiés rwandais ont perdu la vie. Le mouvement, à travers son slogan Dutabare Imfunzi – Sauvons les réfugiés !, milite pour replacer les exilés au centre du débat politique, et faire entendre leurs voix sur la scène internationale. Selon lui, le Rwanda ne pourra construire une paix durable tant qu’une partie de sa population est exclue et réduite au silence.

Gloria Uwishema, militante des droits humains et elle-même réfugiée, a souligné que les réfugiés rwandais sont systématiquement exclus des négociations de paix, des processus constitutionnels et des démarches de réconciliation, que ce soit avec le Rwanda ou dans leurs pays d’accueil. Elle a insisté sur l’importance de plaider non seulement pour des changements de politique, mais surtout pour la restauration de la dignité, de la vérité et de la responsabilité.
La conférence a également donné la parole à Placide Kayumba, président de la section belge de FDU-Inkingi, qui a évoqué le combat de Victoire Ingabire Umuhoza, figure centrale de l’opposition rwandaise. Arrêtée en 2010 pour avoir voulu se présenter à l’élection présidentielle, Mme Ingabire a passé plus de huit ans en prison, dont cinq en isolement. Elle a ensuite obtenu gain de cause devant la Cour africaine des droits de l’homme, mais Kigali a refusé de reconnaître la décision, allant jusqu’à se retirer de la juridiction. Pour Kayumba, Victoire Ingabire est le symbole vivant d’un Rwanda démocratique encore à construire, où la voix de l’opposition pacifique ne devrait plus être criminalisée.
Enfin, Dr Mwiseneza Emannuel, président de la section Francaise de FDU-Inkingi a soulevé un point essentiel : l’absence quasi-totale des réfugiés dans les initiatives de paix et de reconstruction du Rwanda. Il a appelé à une réforme en profondeur des mécanismes de réconciliation, incluant systématiquement les exilés dans les discussions et décisions politiques.
Cette conférence a marqué un tournant dans le débat sur les réfugiés rwandais. Elle a permis de faire entendre des voix trop longtemps ignorées, tout en appelant la communauté internationale à assumer ses responsabilités. Les intervenants ont lancé un appel unanime : reconnaître les réfugiés non comme des passagers de l’histoire, mais comme des acteurs légitimes de l’avenir du Rwanda.
À propos de l’auteure:
Nadia MUGUNGA est une universitaire et militante des droits humains, engagée pour la vérité, la justice et la démocratie au Rwanda. Elle utilise l’écriture pour faire entendre sa voix et défendre la dignité et les droits fondamentaux.


























































