Grands Lacs : l’ODHR appelle à une solidarité internationale envers les réfugiés oubliés des conflits

Par Marc Matabaro

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque 20 juin, l’Observatoire des droits de l’homme au Rwanda (ODHR) a publié une déclaration alarmante sur la situation des réfugiés dans la région des Grands Lacs africains. Dans un contexte mondial marqué par la multiplication des crises et le durcissement des politiques migratoires, l’organisation appelle à une solidarité active et à la fin de l’instrumentalisation politique des populations réfugiées.

Selon les Nations unies, le thème de cette année est centré sur la solidarité. Mais pour l’ODHR, cette solidarité ne peut être seulement déclarative. Elle doit se traduire par des actes concrets, notamment en garantissant la sécurité des réfugiés, en respectant leurs droits fondamentaux, et en mettant fin à l’impunité des auteurs des conflits qui provoquent les déplacements massifs de populations.

L’ODHR met en lumière le rôle central joué par les réfugiés dans les conflits qui déchirent la région depuis plusieurs décennies. L’exemple du Rwanda, où des réfugiés armés soutenus par l’armée ougandaise ont pris le pouvoir en 1994, illustre selon l’Observatoire un phénomène plus large : l’utilisation des camps de réfugiés comme base arrière de rébellions. Des situations similaires ont été observées au Burundi dans les années 1990, mais aussi en République démocratique du Congo (RDC), où le retour forcé des réfugiés rwandais a servi de justification à l’intervention militaire contre Mobutu en 1996. Pour l’ODHR, ces manipulations ne visaient pas la sécurité régionale, mais le contrôle des ressources naturelles, notamment dans l’Est congolais.

« Les réfugiés congolais installés au Rwanda sont aujourd’hui invoqués pour justifier une guerre des minerais », affirme le communiqué, dénonçant une stratégie régionale qui entretient volontairement l’instabilité.

Face à ce constat, l’ODHR appelle les Nations unies et l’Union africaine à adopter une approche plus ferme contre les régimes responsables des conflits. L’organisation dénonce la protection dont bénéficient certains chefs d’État issus de mouvements rebelles, accusés de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, et qui n’ont jamais été inquiétés. « L’impunité et la cupidité des dirigeants locaux et des acteurs internationaux, ainsi que les luttes de domination ethnique ou tribale, sont les principales sources des conflits qui déplacent des millions de personnes », rappelle l’ODHR, citant une de ses déclarations datant de 2004.

L’Observatoire exige également une application rigoureuse, non sélective, du droit international relatif aux réfugiés. Cela inclut la Convention de Genève de 1951, son protocole de 1967, la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que les chartes des Nations unies et de l’Union africaine. Ces instruments, souligne-t-il, obligent les États signataires à protéger les personnes déplacées et à respecter la souveraineté de leurs voisins.

« Être solidaire du réfugié ou du migrant forcé, ce n’est pas le trahir en le vendant à un pays tiers pour le punir », insiste le président de l’ODHR, Laurent Munyandilikirwa, en référence aux politiques de refoulement ou de sous-traitance de l’asile adoptées par certains États.

Alors que les regards internationaux restent largement tournés vers d’autres crises, l’ODHR alerte sur le silence pesant autour des réfugiés des Grands Lacs africains. « Ils sont les oubliés des accords de paix, souvent utilisés comme levier stratégique dans des conflits qui se répètent sans fin. »

L’organisation conclut en appelant à une refondation du traitement politique et humanitaire des réfugiés dans la région. Pour y parvenir, elle plaide pour une justice internationale plus équitable, des mécanismes de protection plus robustes, et surtout une volonté politique d’en finir avec l’instrumentalisation cynique des exilés.