Washington , 27 juin 2025 – C’est sous l’égide des États-Unis que la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé un accord de paix à Washington, présenté comme une percée majeure vers la stabilité dans la région des Grands Lacs. La cérémonie, conduite en présence du Secrétaire d’État Marco Rubio, a scellé ce que le gouvernement congolais qualifie d’« accord historique » mettant fin à une « occupation illégale ».
Pour la RDC, cet accord marque à la fois la réaffirmation de sa souveraineté et la fin d’un cycle de violences qui a coûté la vie à des milliers de civils depuis 2022. Le texte signé repose notamment sur le respect des frontières, le retrait progressif des troupes rwandaises, le désarmement des groupes armés, la mise en place d’un mécanisme de sécurité conjoint, le retour des réfugiés, et le renforcement de la coopération économique régionale. L’accord réactive également les missions de la MONUSCO.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a salué une « victoire du multilatéralisme » et s’est engagée à ce que cet accord se traduise en actions concrètes. Du côté rwandais, Olivier Nduhungirehe a affirmé le soutien de Kigali à la médiation en cours à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, le principal groupe armé rebelle soutenu, selon l’ONU, par le Rwanda.
Mais alors que les diplomates se félicitent, sur le terrain, le contraste est saisissant.
M23 : le refus de céder et les signaux de Kigali
À Goma, le ton est tout autre. Ally Musagara, cadre de l’AFC/M23, rejette catégoriquement l’idée d’un retrait des troupes :
« Nous sommes ici et nous n’allons pas partir. Ce qu’on signe à Washington ne nous concerne pas. » Il dénonce une « désinformation » orchestrée par Kinshasa et appelle les jeunes et les opérateurs économiques à revenir au Nord-Kivu, qualifié de désormais « pacifié ».
Sur X (anciennement Twitter), Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, va plus loin :
« Les acteurs internationaux privilégient des succès diplomatiques de façade sans garantir la mise en œuvre ni sanctionner Kinshasa. » Il critique une approche « court-termiste » qui occulte les racines du conflit – dimensions ethniques, politiques et sociales – et se limite à une course aux minerais.
Un autre porte-voix du mouvement, Willy Ngoma, a publié un message particulièrement virulent :
« Nous ne sommes pas concernés par vos accords fictifs. Nous allons préserver les richesses des Congolais, notre héritage commun. Tshisekedi brade les minerais pour les intérêts de sa famille. » Dans un ton presque insurrectionnel, il appelle à « avancer jusqu’au Katanga puis à Kinshasa ».
Trump, Doha, et les absents de Washington
Le président Félix Tshisekedi, dans une interview accordée à une journaliste de la Maison Blanche, n’a pas caché son admiration pour le rôle de Donald Trump, allant jusqu’à promettre d’être « le premier à proposer sa candidature au prix Nobel de la paix », si ce dernier parvenait à résoudre le différend avec Kigali. Tshisekedi a néanmoins déploré le manque de solidarité africaine, qualifiant l’Union africaine de « coquille vide » et saluant en revanche l’engagement de pays comme le Qatar, l’Angola, ou encore le Burundi.
L’accord de Washington a été signé uniquement par les ministres des Affaires étrangères, et non par les chefs d’État. Sa mise en œuvre concrète est conditionnée à un second sommet prévu en juillet, où Kagame et Tshisekedi pourraient parapher une version consolidée du texte.
Mais l’absence de l’AFC/M23 à Washington – et leur refus manifeste de se soumettre à un accord dont ils ne sont pas partie – rend la situation explosive. Les discussions de Doha entre Kinshasa et le M23, pourtant censées compléter le processus, sont pour l’instant suspendues.
Un accord pour gagner du temps ?
Pour plusieurs analystes de la région des Grands Lacs, le Rwanda a signé cet accord sous la pression de Washington, mais sans réelle volonté d’en appliquer les termes. Kigali mise sur une stratégie dilatoire pour consolider ses acquis dans l’est de la RDC à travers l’AFC/M23, qui contrôle toujours de larges pans des Kivu.
Rien ne peut être décidé sans le feu vert de Kigali, rappellent ces analystes. Le M23 n’est pas un acteur indépendant, mais une extension stratégique du pouvoir rwandais. En signant cet accord sans impliquer formellement le mouvement, Kinshasa court le risque d’un cessez-le-feu illusoire, voire d’un nouvel enlisement.
En clair, tant que l’AFC/M23 conserve ses bastions et refuse toute reddition, la paix reste théorique. Washington pourra bien applaudir la photo de famille diplomatique, mais sur le terrain, les armes n’ont pas encore dit leur dernier mot.























































