La République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont franchi une étape majeure ce vendredi 27 juin 2025, en signant à Washington un accord de paix qualifié d’historique. Ce texte, négocié sous la médiation des États-Unis et en présence du secrétaire d’État Marco Rubio, vise à mettre un terme à trois décennies de conflits dans l’est de la RDC, où les violences ont causé des milliers de morts et de déplacés.
Lors d’une cérémonie au Département d’État, les ministres des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe pour le Rwanda et Thérèse Kayikwamba Wagner pour la RDC ont paraphé ce document, en présence du président américain Donald Trump et de son conseiller spécial pour l’Afrique, Massad Boulos. Le président Trump, qui a salué « un nouveau chapitre d’espoir », prévoit d’ailleurs un sommet inter-États à la Maison Blanche fin juillet, auquel sont invités les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame.
Une architecture complexe pour une paix durable
L’accord s’appuie sur la Déclaration de principes signée en avril dernier par les deux pays. Il confirme un engagement bilatéral à mettre fin aux hostilités, respecter l’intégrité territoriale et renoncer au soutien à tout groupe armé hostile. Il prévoit notamment la mise en œuvre du plan dit CONOPS – adopté en octobre 2024 à l’issue du processus de Luanda – visant à neutraliser les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) et à démanteler les mesures défensives déployées par Kigali sur le sol congolais.
Le ministre rwandais Olivier Nduhungirehe a souligné que cet accord marquait une rupture avec le passé : « Nous nous engageons à mettre fin de manière irréversible et vérifiable au soutien de l’État aux FDLR et à leurs alliés. » Il a reconnu que « la région reste instable » et que « la mise en œuvre ne sera pas facile », mais a insisté sur l’importance d’un soutien international constant.
De son côté, la ministre congolaise Thérèse Kayikwamba Wagner a déclaré que « le texte prévoit un désengagement des forces armées, la protection des civils, le retour des déplacés, et la mise en place d’un mécanisme de suivi commun ». Elle a insisté sur la nécessité de traduire ces engagements en actes : « Ce ne sont pas de simples mots sur le papier. Il faut maintenant une volonté politique et un respect de la justice. »
Un mécanisme conjoint de sécurité
L’accord institue un Joint Security Coordination Mechanism (JSCM), un mécanisme bilatéral qui doit entrer en vigueur dans les 30 jours. Il aura pour mission de surveiller la mise en œuvre des opérations de désengagement, de faciliter les échanges d’informations militaires et de coordonner les actions visant à neutraliser les groupes armés encore actifs dans la région, en premier lieu les FDLR. Les États-Unis et le Qatar y participeront à titre d’observateurs.
Le plan CONOPS fixe un calendrier serré : les opérations de neutralisation des FDLR et de retrait des forces rwandaises devront être achevées dans un délai de trois mois. Une série de phases est prévue : évaluation, désengagement, suivi, puis stabilisation. Des réunions mensuelles alterneront entre la RDC et le Rwanda, et des rapports conjoints seront transmis aux autorités des deux pays.
L’ombre persistante du M23
Si l’accord de Washington ne mentionne pas explicitement le M23, Massad Boulos a confirmé que Kigali s’engageait à lever ses mesures défensives, ce qui inclut implicitement un retrait progressif de ses forces. La question du M23, soutenu par le Rwanda selon l’ONU et plusieurs chancelleries occidentales, reste toutefois en suspens. Le groupe contrôle toujours plusieurs localités à l’est de la RDC. Un processus parallèle, facilité par le Qatar à Doha, est en cours avec les représentants de l’AFC/M23, mais aucun accord n’a encore été signé.
Le retour à la paix est donc encore incertain. Pour Pierre Boisselet, directeur du pilier violence de l’Institut congolais Ebuteli, « la signature ne signifie pas automatiquement la fin des hostilités ». Il évoque des précédents où les cessez-le-feu ont été bafoués et avertit que « le conflit pourrait reprendre à tout moment si la mise en œuvre échoue ».
Une paix sous condition d’intérêts stratégiques
Derrière les engagements humanitaires et sécuritaires, l’accord signé à Washington intègre un volet économique non négligeable. Les deux pays s’engagent à mettre en place, dans les trois mois, un cadre d’intégration régionale en lien avec l’AfCFTA, la CEEAC et la SADC. Il est question de projets dans les secteurs de l’énergie, des minerais, des infrastructures, de la gestion partagée du lac Kivu et du développement des chaînes de valeur minières.
Les États-Unis, en particulier, voient dans cet accord une opportunité géopolitique. L’administration Trump souhaite contrer l’influence chinoise en RDC, notamment dans l’extraction du cobalt et du lithium. Washington ambitionne de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques, tout en positionnant ses entreprises dans des projets régionaux.
Quelle garantie de respect de l’accord ?
Plusieurs précédents accords n’ont jamais été appliqués. En 2004, un accord tripartite signé à Kigali entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, sous supervision américaine, promettait la coopération sécuritaire aux frontières. En 2023, des engagements avaient été pris à Kinshasa et Kigali en présence d’Avril Haines, la directrice du renseignement américain. Sans résultats durables.
L’accord du 27 juin prévoit cette fois un Joint Oversight Committee avec l’Union africaine, le Qatar et les États-Unis comme facilitateurs, chargé de surveiller et résoudre les différends liés à l’application du texte. Mais son efficacité dépendra de la volonté politique des signataires.
L’histoire jugera si cet accord ouvre une ère de paix ou s’ajoute à la longue liste des promesses sans lendemain. En attendant, le défi est immense : désarmer les milices, garantir le retour des déplacés, protéger les civils, rétablir l’autorité de l’État et reconstruire la confiance entre deux pays longtemps ennemis.


























































