Une coalition de partis d’opposition rwandais et d’organisations de la société civile établis en France a publié, le 19 février 2026 à Paris, un communiqué protestant officiellement contre la venue de Jean Damascène Bizimana. Les signataires accusent le ministre rwandais de tenir des propos qu’ils jugent incompatibles avec une véritable politique de réconciliation nationale .
Dans leur déclaration, ils expriment leur « profonde indignation » face à la présence en France d’un membre du gouvernement de Kigali dont certaines prises de parole publiques, selon eux, alimentent la division plutôt que l’unité . Ils estiment que, loin d’apaiser les mémoires, ces discours s’inscrivent dans une lecture partielle et stigmatisante de l’histoire rwandaise.
Le communiqué pointe notamment des déclarations assimilant collectivement les Hutus aux auteurs du génocide de 1994, sans distinction individuelle ni contextualisation, ce qui irait à l’encontre du principe fondamental de responsabilité pénale personnelle reconnu par le droit international . Pour les signataires, la justice ne peut être ethnique, ni collective. Elle doit être individuelle et fondée sur des faits établis.
Les organisations rappellent que la tragédie rwandaise demeure d’une extrême complexité historique. Elles soulignent que de nombreux chercheurs, témoins et acteurs de la société civile appellent à reconnaître toutes les victimes et à documenter l’ensemble des crimes commis durant cette période, sans instrumentalisation politique de la mémoire . À leurs yeux, la réconciliation durable ne peut se construire sur la généralisation ou la fermeture du débat historique.
Parmi les formations politiques signataires figurent le comité régional en France des FDU-Inkingi, représenté par le Dr Emmanuel Mwiseneza, ainsi que le parti Ishema de Chaste Gahunde . De nombreuses associations et personnalités indépendantes ont également apposé leur signature, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Jean Marie Ndagijimana .
Au-delà de la visite du ministre, ce texte s’inscrit dans une critique plus large du gouvernement rwandais. Les signataires dénoncent un contrôle étroit du récit officiel sur 1994 et une restriction persistante de l’espace politique. Selon eux, à l’intérieur du pays comme dans la diaspora, les voix critiques sont marginalisées, disqualifiées ou contraintes à l’exil.
Ils appellent les autorités françaises à la vigilance quant aux messages diffusés sur leur territoire et à ne pas offrir de tribune à des discours qu’ils considèrent porteurs de division . Cette demande place Paris face à un dilemme diplomatique, dans un contexte où les relations franco-rwandaises restent marquées par un passé conflictuel et des désaccords mémoriels persistants.
Près de trente ans après le génocide contre les Tutsi, le débat sur la mémoire, la justice et la réconciliation demeure profondément politique. Pour ces opposants, la question centrale n’est pas seulement celle d’une visite officielle, mais celle du modèle de réconciliation promu par Kigali. Une réconciliation qui, selon eux, ne pourra être crédible que si elle accepte le pluralisme, la recherche indépendante et un véritable débat national.
























































