Élections africaines ou mascarades pour leurrer le monde : cas du Rwanda

En Europe et en Amérique du Nord, le vainqueur du vote est connu après 12 heures de dépouillement ; en Afrique, le vainqueur est déjà connu 6 mois avant l’élection ! À l’approche des échéances décisives pour la plupart des pays africains en général et plus particulièrement en République du Rwanda, de nombreux citoyens s’interrogent encore sur l’utilité des élections, la nécessité d’aller voter, se demandant « à quoi servent des élections dont les résultats sont connus d’avance ». Il est peu probable que près de la moitié des élections soient compétitives en raison de la lourde gestion du processus électoral par des dirigeants sortants bien établis. Qu’en est-il du Rwanda ? Le régime de Kigali s’emploie à mettre les opposants réels ou éventuels hors-jeu. Toute personne qui ose le contredire tombe sous le coup des lois liberticides que Kagame a instaurées comme « mur de protection » au moyen de crimes imprécis mais tellement graves que les inculpés n’ont aucune chance. C’est le sort qu’a subi Madame Victoire Ingabire, rentrée en janvier 2010 pour faire enregistrer son parti et ensuite se présenter aux élections présidentielles. Libérée, elle est désormais en résidence surveillée. D’autres opposants sont purement et simplement assassinés. C’est le sort qu’a subi le pauvre André Kagwa Rwisereka, vice-président du Green Party. Il fut retrouvé décapité dans les faubourgs de la ville de Butare. Les présentes lignes analysent la situation qui prévaut dans ce pays dans un contexte électoral dominé par la terreur des soldats de la garde présidentielle déguisés en policiers.

I. Les faits

Le corps électoral a reçu huit candidats indépendants à la présidence et 41 candidats indépendants au Parlement. Au total, 9,5 millions de Rwandais ont été inscrits sur les listes électorales pour les élections présidentielles et législatives prévues le 15 juillet, a annoncé jeudi la Commission électorale nationale (CNE). La présidente de la Commission électorale nationale, Oda Gasinzigwa, a révélé ce chiffre lors d’une conférence de presse à Kigali, déclarant qu’environ 2 millions de ces personnes sont des primo-votants. La Commission électorale nationale a noté une augmentation significative des inscriptions parmi les Rwandais de la diaspora, avec environ 53 000 inscrits pour les prochaines élections, une augmentation notable par rapport aux 21 000 inscrits lors du cycle électoral de 2017. Gasinzigwa a déclaré que la commission électorale avait reçu huit candidats indépendants à la présidence et 41 candidats indépendants au Parlement. Le dépôt officiel des candidatures devrait commencer vendredi. Le parti au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi), a désigné plus tôt cette année le président sortant Paul Kagame comme candidat à la présidentielle, après sa victoire écrasante avec 99,1 pour cent des voix lors du congrès du parti en mars. Les Rwandais ont participé aux élections présidentielles de 2017, suivis par 8,1 millions aux élections législatives de 2018.

II. Analyse

1) Les stratagèmes du FPR pour rester au pouvoir à vie

Les élections au Rwanda sont manipulées de diverses manières, notamment l’interdiction des partis d’opposition, l’arrestation ou l’assassinat de critiques et la fraude électorale. Les élections rwandaises de 2024 ne devraient pas différer des scrutins précédents car le vainqueur est déjà connu. Le président Paul Kagame a été déclaré vainqueur des élections de 2017 avec 99 % des voix et il est peu probable que les résultats varient beaucoup au cours de ce cycle. Des observateurs indépendants ont conclu que le processus électoral précédent avait été entaché de nombreuses irrégularités, notamment des intimidations politiques, des pratiques d’enregistrement déloyales et des allégations de fraude lors du scrutin lui-même. Un amendement constitutionnel controversé en 2015 lui a permis de contourner la disposition en vigueur limitant les deux mandats à sept ans et de briguer deux mandats supplémentaires de cinq ans, ce qui porterait son mandat au pouvoir à 40 ans. Ce contournement des limites de mandats faisait partie d’une vague de contournement des limites de mandats en Afrique qui a commencé en 2015 et a inversé une période de limitation des mandats respectant les normes. Concrètement, Kagame est en mesure de rester président à vie. Le Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir a empêché les candidats sérieux de se présenter par le biais d’intimidations, d’arrestations et de poursuites judiciaires. L’une des critiques les plus féroces de Kagame, Victoire Ingabire Umuhoza, est également intéressée par la candidature. Cependant, elle est exclue en raison d’une arrestation antérieure pour « incitation au divisionnisme et complot contre le gouvernement », une accusation que la plupart des observateurs et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples considèrent comme politiquement motivée. Ingabire a purgé un total de 8 ans de prison jusqu’en 2018, date à laquelle elle a été libérée suite à une grâce présidentielle.

2) Les Rwandais vivant à l’étranger s’abstiennent de tout activisme politique et vivent dans la peur des attaques contre eux ou contre leurs proches au Rwanda.

Le Rwanda a acquis la réputation non seulement d’intimider ses opposants nationaux, mais aussi de menacer ses critiques en exil, notamment en attaquant et en procédant à des exécutions extrajudiciaires. Les Rwandais vivant à l’étranger pratiquent donc l’autocensure, s’abstiennent de tout activisme politique et vivent dans la peur des attaques contre eux ou contre leurs proches au Rwanda. Le gouvernement a érigé en infraction pénale « la création d’une opinion internationale hostile » à l’égard du gouvernement rwandais. Les médias au Rwanda sont étroitement contrôlés et ceux qui se livrent à des reportages indépendants font l’objet d’accusations criminelles et d’intimidations. Les révisions du code pénal en 2018 ont criminalisé les caricatures et les écrits qui « humilient » les dirigeants rwandais. Alors que de plus en plus de journalistes rwandais s’exilent et tentent d’écrire depuis l’extérieur du pays, le gouvernement bloque de plus en plus l’accès aux services d’information et aux sites Web en dehors du pays. Le pouvoir judiciaire manque d’indépendance dans la pratique. Les hauts responsables judiciaires sont nommés par le Président et approuvés par le Sénat dominé par le FPR. L’armée reste l’une des institutions politiques les plus puissantes du pays, avec plusieurs dirigeants militaires ambitieux en lice pour succéder à Kagame. On pense que c’est ce qui explique la décision de Kagame de remanier la hiérarchie militaire et de mettre à la retraite 83 officiers supérieurs rwandais, dont 12 généraux, à la suite de la vague de coups d’État en Afrique.

3) Candidats contestataires exclus

Face aux menaces et pour sauvegarder leurs gagne-pain dans la gestion du pays, des partis politiques potentiels comme le PSD et le PL se sont résignés et ont cédé les voix de leurs partisans au profit du FPR. Tous les autres petits partis leur ont emboîté le pas, à l’exception du Parti de l’Environnement, peu connu du milieu rural. Des candidats bien connus comme Diane Rwigara, Fred Barafinda et le Professeur Mbanda Jean qui représentaient la véritable opposition au régime ont vu leurs candidatures rejetées sur la base d’allégations infondées, juste pour ne pas entraver le processus avec des dénonciations des abus quotidiennement commis dans le pays et détourner la population affamée dont les enfants meurent chaque jour inutilement sur le front à l’est de la RDC. De plus, pour éviter le phénomène du candidat unique, le régime a délibérément maintenu à côté de Paul Kagame deux candidats qui n’inquiètent personne. Il s’agit de Frank Habineza et Philippe Mpayimana dont les programmes de campagne ne font que reprendre celui du leader du FPR ; qui mieux est, ils sont tous deux agents de l’Etat, l’un est député, l’autre directeur général de la Ministère de l’unité nationale et de l’engagement civique.

4) Quelques exceptions louables en Afrique

En raison du manque de revendications des citoyens et de l’absence de culture politique, les politiciens corrompus abusent toujours du peuple ; c’est pourquoi la classe politique africaine s’enrichit tandis que le peuple peine à joindre les deux bouts. C’est presque l’état de la situation politique du continent ou la nature des relations entre la classe politique africaine et le peuple souverain. Election politique : un non-sens en Afrique, quand on examine l’état des relations entre la classe politique dirigeante africaine et les populations appauvries et sinistrées, il y a lieu de se demander pourquoi on dépense autant d’argent dans cette partie du monde pour organiser des pseudo élections alors que les résultats pour la plupart des pays sont-ils connus à l’avance ? A quelques exceptions près, il faut admettre que malgré la tenue d’élections sur le continent africain depuis la période des indépendances, les véritables élections politiques se comptent sur les doigts d’une seule main. De nombreux pays n’ont dû proposer à leur population que des élections simulées où les matchs sont décidés longtemps à l’avance. C’est pourquoi nous, Africains, devons respecter des pays comme le Ghana, le Bénin, l’Afrique du Sud, le Botswana et le Sénégal pour le bon exemple qu’ils donnent au continent en matière électorale. Combien de lendemains suivront leurs traces sur ce bon chemin ?

En réalité, le contrat de gouvernement n’est qu’une chimère dans la plupart de nos pays africains où de nombreux dirigeants politiques ne respectent les clauses contractuelles que pendant la période préélectorale et celle des élections elles-mêmes, ce qui est aussi une question de calcul politique et de leur ruse pour mieux attirer les électeurs dont ils ont besoin pour être élus au poste convoité. La plupart des hommes politiques africains considèrent leurs citoyens comme des citrons qu’on jette à la poubelle dès qu’on en a extrait tout le jus. Ils n’ont donc pas besoin de s’en préoccuper après la publication des résultats (qui ressuscitent le vieux débat sur la capacité des Africains à s’adapter aux principes démocratiques). Cela dit, pour beaucoup, la démocratie reste encore un véritable « luxe » pour les peuples d’Afrique, du fait de la faute de leurs dirigeants et de leurs élites ; à tel point que les pays qui pratiquent de véritables règles démocratiques et organisent des élections libres et transparentes pour permettre à leur peuple de choisir librement leurs dirigeants sont évidemment rares.

5) Présidence à vie en Afrique

L’Union africaine est un club de présidents qui se soutiennent et se protègent mutuellement. Pour rester au pouvoir, ils ont déjà violé la règle universelle du double mandat politique en modifiant leurs constitutions. Au Cameroun, Paul Bia est élu sans limite d’âge ni de mandats depuis 1982 ; en Guinée équatoriale, Theodoro Obiang Ngwema est là depuis 1979 ; en Erythrée, Isaias Afwerki est aux commandes depuis 1991. En Ouganda, le chef de l’Etat Yoweri Museveni au pouvoir depuis 1986 a supprimé la limite d’âge. Le Rwandais Paul Kagame, l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le Congolais Denis Sassou Nguesso ont tous allongé les conditions de limite d’âge pour servir leurs propres intérêts. Leur demander de remettre en question un système qui les sert, c’est comme demander à une dinde de voter pour ou contre Noël. A ce jour, sur le continent, le regretté Président Nelson Mandela constitue l’une des rares exceptions à cette règle….

6) Alternatives pour surmonter cette farce honteuse

Si l’exercice démocratique est une réalité dans les pays d’Europe et d’Amérique, et auxquels s’ajoutent de plus en plus depuis quelques temps les pays dits émergents d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est, la situation en Afrique est encore bien triste et nécessite une aide d’urgence de la communauté internationale qui doit exercer une sorte de droit d’intervention humanitaire en faveur des populations en raison des turbulences et des violences politiques de toutes sortes dans leurs pays respectifs. L’Occident doit également aider l’Afrique à se débarrasser de ces vilaines pratiques de tricherie électorale, de fraude dégradante et de vol de votes. Seule cette voie peut stopper les tentatives de retour au cercle infernal et vicieux des rébellions, des coups et/ou tentatives de coup d’État, du banditisme de grands chemins, etc. Si aujourd’hui les jeunes acceptent de mourir en mer pour rejoindre l’Occident, il n’est pas impossible que demain ils acceptent de devenir de véritables martyrs. Continuer à soutenir la dictature en Afrique, cautionner la fraude électorale et laisser les hommes politiques voler les voix conditionnent peu à peu la jeunesse africaine à des réflexes de survie qui la préparent à se lancer demain dans des aventures aux conséquences incalculables. Dans de nombreux pays africains, malgré la longévité des présidents fondateurs et des autres pères de l’indépendance, la population croupit encore dans la pauvreté. Non que ces pays ne disposent pas des atouts nécessaires pour assurer leur développement, mais pour la simple raison que ces dirigeants politiques ont fait de la carrière politique une voie royale vers un enrichissement facile. En outre, en voyant ce qui se passe autour de nous, nous réaliserons rapidement qu’il est grand temps pour l’Occident d’aider l’Afrique à cesser de gaspiller inutilement ses rares ressources pour organiser des élections simulées. À cet effet, on suit assez souvent les appels pathétiques lancés à la radio et dans d’autres médias par les opposants politiques de certains pays invitant les peuples à la désobéissance civile à l’occasion des élections présidentielles et/ou législatives. Ces appels font état de fraudes dans le processus électoral visant à assurer l’élection du candidat au pouvoir ou du président sortant au premier tour. Non pas qu’il ait un projet social viable à proposer au peuple pour un contrat social, mais il décide simplement de maltraiter davantage le peuple qui a trop souffert de toutes ces années de gouvernement sans entrave. Tout cela est tout simplement triste et lamentable. De plus, tant qu’il n’y aura pas un système judiciaire indépendant capable d’empêcher les présidents nouvellement élus de truquer les votes ou de modifier les constitutions, signer des pétitions ne servira à rien. La roue tourne toujours dans le même sens. Un tyran arrive au pouvoir, modifie la constitution pour gouverner indéfiniment, puis procède au démantèlement du système judiciaire. Puis leurs acolytes s’installent dans tous les secteurs stratégiques pour organiser le pillage des deniers publics

Conclusion

Une « élection démocratique » est le fait pour un peuple d’un pays donné de se choisir librement et sans aucune contrainte, à un moment donné de l’histoire de son pays ses propres dirigeants sensés exécuter un programme convenu au préalable, et ce, en vue de son bien être. Il ne souffre alors d’aucun doute que le pouvoir qu’exerce les hommes politiques issus des urnes a pour objectif principal l’amélioration du vécu quotidien des citoyens, l’amélioration des conditions de vie et d’existence dans le pays, la protection de l’intégrité territoriale et la défense des intérêts nationaux dans le concert des nations. Tel devrait être la nature du contrat liant les différents hommes politiques à leurs peuples respectifs. Et la survie ou la validité de tels contrats tient ni plus ni moins qu’à l’entière exécution de cette espèce de cahier de charges liant l’électeur à l’élu. Cette stratification de rapports socio-politiques fait que les candidats à l’élection s’engagent à être au fait au service de leurs peuples qui agissent en véritable souverain. Le pouvoir détenu par les hommes politiques est donc l’émanation de ceux-ci ; et à leur niveau, ils l’exercent par procuration. Cette relation ou ce type de contrat n’est valable que si chacune des parties respecte et exécute scrupuleusement sa part de responsabilité ; ce qui malheureusement ne semble pas être le cas pour la plupart de pays du continent d’Afrique subsaharienne (rien qu’à voir l’écart entre les promesses électorales et les réalisations pendant le temps du règne et d’exercice de l’impérieum tant convoité et pour lequel beaucoup de candidats sont prêts à vendre leurs âmes au Diable). À cette imposture viennent s’ajouter tous les engagements avec les milieux des esprits : entendez par là les loges ou sectes pernicieuses, les marabouts, les sorciers et autres petits féticheurs du quartier, au point que tout le monde se fait poli, docile et candide ; mêmes les loups se couvrent de la peau d’agneaux pour la circonstance. Mais après la publication de résultats des urnes, on assiste à une espèce de transformation quasi mystique de tous ces agneaux : l’arrogance, le mépris, l’ingratitude, le mensonge, l’insouciance, les rapines, etc… La vraie nature revient jusqu’au prochain scrutin. C’est un peu ça le vilain jeu appelé à tort « élection » en Afrique, mais qui en réalité est un vrai marché de dupe.