La ville de Goma traverse une crise sans précédent, marquée par une pénurie de liquidités, une inflation galopante et une insécurité croissante. Depuis la prise de la ville par les rebelles du M23 le 27 janvier 2025, la situation économique s’est dégradée, exacerbée par la fermeture des banques et des institutions financières. Les habitants, déjà éprouvés par l’instabilité sécuritaire, font face à des difficultés croissantes pour accéder à leur argent et subvenir à leurs besoins quotidiens.
Les responsables des banques et institutions de microfinance ont rencontré, le mercredi 12 février, les représentants du M23 pour discuter d’une éventuelle réouverture des établissements financiers. Cependant, ils ont affirmé que cette décision relevait des autorités monétaires à Kinshasa, en particulier de la Banque centrale du Congo (BCC). En l’absence d’une directive officielle, aucune banque ne peut reprendre ses activités, rendant ainsi l’accès aux liquidités quasi impossible.
Les conséquences de cette crise sont visibles dans toute la ville. La rareté de l’argent liquide a favorisé une spéculation sans précédent sur les transactions électroniques via les applications mobiles. Certains agents de transfert d’argent imposent des commissions atteignant 10 %, contre 1 % en temps normal. La hausse des prix des biens de première nécessité accentue encore plus la précarité des populations locales.
Sur le plan sécuritaire, la situation demeure préoccupante. Le 13 février 2025, des affrontements ont été signalés à Kabamba, à quelques kilomètres de Bukavu. Les forces du M23, soutenues par le Rwanda, poursuivent leur avancée vers le Sud-Kivu, prenant le contrôle de plusieurs localités, notamment Tchofi et Kasheke. Le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major des Forces de défense rwandaises (RDF), a déplacé son poste de commandement de Rubavu à Rusizi, marquant une intensification des opérations militaires visant la capture de Bukavu.
Le même jour, un bombardement attribué à un avion Sukhoï 25 des Forces armées de la RDC (FARDC) a frappé des zones densément peuplées de Kalehe, causant la mort de dix personnes et blessant vingt-cinq autres. Parmi les infrastructures touchées figurent plusieurs habitations ainsi que l’hôpital général de Kalehe, plongeant la région dans une détresse humanitaire accrue.
L’insécurité touche également les figures emblématiques de la résistance artistique et politique. À Goma, l’artiste engagé Delcat Idengo a été assassiné par des hommes armés liés au M23 alors qu’il tournait un clip dénonçant les exactions des rebelles. Il venait tout juste de sortir de la prison de Munzenze, un établissement sous contrôle du M23, après avoir été arrêté pour ses prises de position critiques envers le régime de Kinshasa et l’occupation du Kivu par des forces étrangères. Son assassinat suscite une vive émotion dans la province du Nord-Kivu, où il était connu pour son engagement à travers la musique.
Sur la scène diplomatique, les tensions entre la RDC et le Rwanda atteignent un niveau critique. À Paris, une délégation de parlementaires congolais a dénoncé le silence de la France face à l’implication du Rwanda dans le conflit, accusant Emmanuel Macron de favoriser Kigali au détriment de Kinshasa. Pendant ce temps, à Arusha, en Tanzanie, le ministre rwandais de la Justice, Dr Emmanuel Ugirashebuja, a rejeté les accusations de la RDC devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (AfCHPR), estimant qu’il s’agissait d’un différend relevant de la sécurité internationale plutôt que d’une violation des droits humains.
En parallèle, le président Félix Tshisekedi est en Allemagne pour participer à la Conférence de Munich sur la sécurité, où la situation en RDC devrait figurer parmi les sujets abordés. Toutefois, l’opinion publique congolaise demeure sceptique quant à l’efficacité des initiatives diplomatiques face à la réalité du terrain.
La crise qui secoue Goma et l’Est de la RDC est donc multiple : monétaire, humanitaire, sécuritaire et diplomatique. La ville martyrisée subit les conséquences directes d’une guerre alimentée par des intérêts régionaux et internationaux, tandis que sa population tente de survivre dans un environnement de plus en plus hostile.


























































