La Trêve Humanitaire en RDC : Un Pas Vers la Paix ou une Manœuvre Stratégique?

Adrienne Watson

Le 4 juillet 2024, Adrienne Watson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, a annoncé une trêve humanitaire de deux semaines dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette initiative, saluée par les États-Unis, vise à apaiser la situation humanitaire désastreuse dans la région de North Kivu, où près de 3 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays (IDP). L’escalade récente des combats dans cette province a empêché les travailleurs humanitaires d’atteindre des centaines de milliers de déplacés autour de Kanyabayonga et a forcé plus de 100 000 personnes à fuir leurs foyers.

La trêve, qui débutera le 5 juillet à minuit heure locale et se poursuivra jusqu’au 19 juillet, engage les parties au conflit à cesser les hostilités, permettre le retour volontaire des déplacés et garantir un accès sans entrave aux populations vulnérables pour les humanitaires. Les zones les plus touchées par les combats, où les populations civiles souffrent le plus, sont particulièrement concernées par cette trêve.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des mesures de confiance établies lors du voyage de la Directrice du renseignement national (DNI) Avril Haines en RDC et au Rwanda en novembre dernier, et de ses rencontres subséquentes avec les présidents Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda. Les États-Unis restent fermement engagés dans le processus de Luanda et soutiennent les efforts du gouvernement angolais pour traiter les causes actuelles et historiques de cette crise persistante.

Les gouvernements de la RDC et du Rwanda ont exprimé leur soutien à cette trêve humanitaire de deux semaines, visant à soulager la souffrance des populations vulnérables et à établir des conditions propices à une désescalade plus large des tensions dans l’est de la RDC. Le gouvernement américain appelle toutes les parties à respecter l’esprit de la trêve avant son entrée en vigueur.

Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication et des Médias de la RDC, a publié sur son compte X : « Notre pays a répondu favorablement à la “trêve humanitaire” de deux semaines proposée par les USA sur les lignes de front pour permettre d’apporter l’assistance à nos populations, victimes de la barbarie rwandaise. Durant ce temps et connaissant les méthodes du Rwanda, nos forces resteront vigilantes pour prévenir toute tentative de violation de cette trêve par nos ennemis. Au cours de la réunion stratégique autour du Président de la République, nous avons fait le point général de la situation sur le terrain. »

La présidence de la RDC a également communiqué via son compte X que le président Tshisekedi a présidé, ce vendredi 5 juillet 2024, une réunion du Conseil supérieur de la Défense élargi. Le président a ensuite dirigé la première réunion de la Task force du haut commandement militaire sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Lors de cette réunion, le Haut commandement militaire a présenté au Président Tshisekedi également Commandant suprême des FARDC et de la Police nationale un rapport des évaluations tactiques faites sur le terrain. Le Président a ordonné des actions appropriées pour sauvegarder l’intégrité territoriale du pays.

Ni le gouvernement rwandais ni les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, n’ont encore réagi officiellement au communiqué d’Adrienne Watson. Cette absence de réaction soulève des questions et des spéculations. Les analystes sont partagés, certains craignant que la trêve permette aux forces rwandaises et au M23 de se regrouper et de renforcer leurs positions, tandis que d’autres y voient une occasion pour une véritable désescalade.

Le samedi 6 juillet 2024, Corneille Nangaa, souvent perçu comme le chef des rebelles du M23 mais considéré par certains comme une marionnette, a profité de la trêve pour tenir un meeting avec la population de Kirumba, récemment occupée par les rebelles du M23 et l’armée rwandaise dans le territoire de Lubero. Il a affirmé que son objectif était de marcher sur Kinshasa pour renverser le président Tshisekedi.

Du côté rwandais, bien que les autorités n’aient pas fait de déclaration officielle, les partisans du régime de Kigali et du M23, notamment sur les chaînes YouTube et les réseaux sociaux, continuent de soutenir ouvertement les actions du M23 tout en critiquant le gouvernement congolais. Certains observateurs estiment que cette propagande est orchestrée par les services de renseignement et de communication rwandais.

La complexité de la situation est exacerbée par le soutien vocal du président Kagame au M23, ainsi que par les appels de certains parlementaires rwandais à un soutien ouvert à ce groupe. À l’ONU, les représentants rwandais maintiennent également une ligne de défense en faveur du M23.

Cette trêve humanitaire, bien que saluée par les États-Unis et d’autres acteurs internationaux, est perçue par beaucoup comme une manœuvre stratégique permettant aux forces rwandaises et au M23 de se repositionner et de préparer de nouvelles offensives. Les inquiétudes sont d’autant plus vives que l’armée congolaise évite souvent les combats urbains, ce qui pourrait permettre aux forces du M23 et à leurs alliés rwandais d’utiliser les civils comme boucliers humains lors de leur retour dans les zones contrôlées par les rebelles.

Les citoyens congolais expriment une profonde confusion et frustration, ne sachant pas distinguer les forces rwandaises des rebelles du M23, ces derniers étant souvent des anciens militaires de la RDF (Forces de défense du Rwanda) ou du FPR Inkotanyi. De nombreux combattants du M23 ont encore des liens familiaux au sein des services de sécurité rwandais, y compris parmi les gardes du président Kagame.

La réaction des États-Unis et des pays européens, appelant le Rwanda à cesser de soutenir le M23 sans prendre de mesures concrètes comme des sanctions sévères ou la suspension de l’aide, alimente également la suspicion et le scepticisme. Cette situation soulève des questions sur la véritable volonté de la communauté internationale de résoudre ce conflit de manière durable.

La trêve humanitaire représente un moment crucial pour évaluer la sincérité des engagements des parties en conflit et pour observer la réponse de la communauté internationale face à un régime rwandais dont les actions suscitent de plus en plus de critiques. Le respect de cette trêve et les actions qui en découleront détermineront si elle ouvre la voie à une paix durable ou si elle n’est qu’une pause temporaire dans un conflit complexe et enraciné.