Rwanda, 04 juillet 1994: Jour de la contre-révolution de 1959.

Dr Emmanuel Mwiseneza

Par Emmanuel Mwiseneza

Le 04 Juillet 1994 : le Général-Major Paul Kagame prend le pouvoir à Kigali en renversant les institutions républicaines. Cette victoire militaire du FPR sur les ex-Forces Armées Rwandaises mit fin à tous les rêves d’un changement démocratique pour lequel l’opposition intérieure s’était battue 4 ans durant. Profitant du chaos créé par le génocide et les autres massacres des populations innocentes, le FPR instaura un régime militaire, civile en apparence certes, et consacra la bipolarisation de la société rwandaise à un niveau jamais atteint auparavant.

Désormais la société rwandaise sera composée de « bons », les rescapés du génocide [des Tutsis], et les mauvais, les bourreaux, assimilés collectivement à tous les Hutus qui seront désormais considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur pays, comme à l’époque féodale pendant laquelle, les Hutus étaient des vassaux des seigneurs Tutsi, même si quelques Tutsis pouvaient aussi être largués dans cette classe inférieure suivant leur manque de richesse.

La Révolution rwandaise de 1959, avait contribué à l’élimination du système de servage qui régissait les relations entre seigneurs Tutsis et serfs Hutus en majorité. Grace à cette révolution et l’instauration de la première République qui en était la conséquence directe, les Rwandais bénéficiaient (en théorie) des mêmes droits et pouvaient chosir par un vote démocratique leurs dirigeants.
Le coup d’Etat de 1973 par le général Juvénal Habyarimana avait déjà porté un sérieux coup aux acquis de la Révolution de 1959 sans pour autant les annihiler complètement.
Avec la prise du pouvoir par le FPR, dont le fer de lance était constitué d’anciens réfugiés majoritairement Tutsi, qui avaient fui la Révolution de 1959 pour les uns et les exactions regrettables qui l’avaient accompagnée pour les autres, prise de pouvoir dans un bain de sang couronné par le génocide, les Hutus seront  appelés à s’excuser pour le génocide que beaucoup n’ont pas commis. Ils connaîtrons les procès des tribunaux populaires appelés Gacaca, les emprisonnements, les massacres, les expropriations, les humiliations de toutes sortes et seront privés de mémoire des leurs tués par les nouveaux « libérateurs ».

Si cette prise de pouvoir a fait quelques heureux parmi les Tutsi qui vivaient en exil et parmi ceux qui étaient pourchassés pendant le génocide, ce fut pour la majorité des Hutus, un retour en arrière de 34 ans.
Désormais, ils vivront comme des citoyens de seconde zone quand ils ne sont pas simplement taxés de génocidaires et cloués sans possibilité de bénéficier d’un procès équitable, car ils doivent payer pour le génocide, quand bien même ils n’en seraient pas les auteurs directs.

Mais avec le temps, la désillusion s’est emparée aussi des Tutsis qui vivaient au Rwanda avant juillet 1994, car les désormais nouveaux maîtres du pays ne se souviennent d’eux que quand il faut récolter les aides ou bénéficier des mansuétudes occidentales dues aux remords souvent hypocrites de la classe politique occidentale qui a laissé se dérouler le génocide alors qu’elle avait les moyens de l’arrêter à condition qu’elle prive en même temps le FPR de sa victoire militaire totale. Le choix a clairement été fait de privilégier la victoire militaire du FPR au détriment des pauvres civils.

Depuis 1994, les nouveaux maîtres ont certes reconstruit le pays, mais ils en ont abîmé le tissu social, l’ont transformé en pays des riches, oubliant toute la classe populaire qui peine à subvenir à ses besoins les plus élémentaires.

L’image d’un pays moderne que dégagent la capitale Kigali, la visite des gorilles de montagne dans le parc des Volcans ou encore les lieux touristiques comme la réserve de Nyungwe, cache une réalité plus sombre, celle d’un pays pauvre, qui vit grâce aux aides extérieures et aux pillages des resources naturelles de la République Démocratique du Congo voisine, par l’entretien de rebellions « proxy » depuis 3 décennies avec son lot de morts de civils congolais et de réfugiés rwandais dont les estimations approcheraient les 10 millions de mort.

Le Rwandais en général et le Hutu en particulier vit dans la peur et ceux qui osent dénoncer les dérives autoritaires du pouvoir sont, soit assassinés, soit emprisonnés, soit poussés à l’exil pour les plus chanceux.

La plupart regrettent avec nostalgie le régime précédent, qui, bien que non démocratique, n’avait jamais atteint le degré de violence politique et économique exercées par le régime actuel.

Nous en appelons à un sursaut d’orgueil, non pas pour revenir
aux régimes précédents mais pour l’instauration d’un régime respectueux de son peuple et de ses droits les plus basiques.

Nous n’allons pas faire semblant de nous réjouir, c’est un jour triste pour la majorité des Rwandais, même s’ils ne peuvent pas le montrer publiquement surtout ceux qui vivent au Rwanda et sont à la merci du régime, sous peine d’être taxés d’ennemis du pays.

Nous espérons que le jour nouveau va se lever après cette nuit qui n’a fait que trop durer.

MWEMMA, en ce jour triste du 04 juillet 2024.