L’ONU enquête sur les atrocités dans l’Est de la RDC

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a décidé, le 7 février 2025, de lancer une commission d’enquête sur les exactions commises dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette décision intervient après la prise de la ville de Goma par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, et les multiples accusations de crimes de guerre et violations des droits humains.

Depuis des années, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC demeure explosive, mais ces dernières semaines ont marqué une escalade sans précédent. Le M23, bénéficiant d’un appui militaire et logistique du Rwanda, a intensifié son offensive, provoquant la fuite de milliers de civils et entraînant des massacres, des viols en réunion, des pillages et des enrôlements forcés. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a exprimé son inquiétude face à l’aggravation de la crise, évoquant des risques accrus de violences sexuelles et d’enrôlement d’enfants dans les combats.

La commission d’enquête, demandée par la RDC et soutenue par 48 pays, vise à établir les responsabilités des différentes parties prenantes au conflit. Près de 79 organisations congolaises, régionales et internationales, dont Human Rights Watch, ont plaidé pour cette initiative afin de collecter des preuves et identifier les auteurs de crimes afin qu’ils soient traduits en justice.

Lors de la session extraordinaire du Conseil, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a exhorté les membres à reconnaître la responsabilité du Rwanda dans cette guerre. En face, le représentant rwandais aux Nations unies, James Ngango, a catégoriquement rejeté toute implication de Kigali, accusant Kinshasa d’exploiter la situation à des fins politiques.

Les chiffres avancés par l’ONU sont alarmants. Depuis le 26 janvier, au moins 3 000 personnes ont été tuées et près de 2 880 blessées, des chiffres probablement sous-estimés. Les enquêtes en cours sur les violences sexuelles révèlent une prolifération d’actes de barbarie, notamment des cas de viols collectifs et d’esclavage sexuel perpétrés dans les zones sous contrôle du M23. Les experts alertent également sur les dangers du recrutement forcé de jeunes garçons par les milices.

Face à cette catastrophe humanitaire, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à la désescalade et à la cessation immédiate des hostilités. De nombreux pays, dont la Belgique et la France, soutiennent la position de Kinshasa et réclament des sanctions contre le Rwanda. Les efforts diplomatiques de l’Angola et du Kenya peinent à faire infléchir Kigali et à obtenir un retrait du M23.

Le projet de résolution adopté par le Conseil des droits de l’Homme exige du Rwanda et du M23 qu’ils cessent immédiatement leurs violations et permet la mise en place d’une mission spéciale chargée d’enquêter sur les crimes commis depuis janvier 2022. L’objectif est d’identifier les responsables et de préparer des poursuites judiciaires contre eux.

L’impunité qui règne depuis des décennies dans cette région a contribué à l’instabilité persistante. L’enquête onusienne représente une opportunité pour mettre fin au cycle de violences et tenir les responsables, y compris Paul Kagame et les dirigeants du M23, face à leurs actes. Kinshasa continue d’exiger des sanctions contre Kigali et espère que la pression internationale conduira à une responsabilisation effective des auteurs de crimes contre l’humanité.