RD Congo : Human Rights Watch accuse le Rwanda et le M23 de déportations forcées, qualifiées de crimes de guerre

Par Ben Barugahare

Human Rights Watch a publié, ce 18 mai 2025, un rapport accablant sur les agissements du groupe armé M23 et de son soutien présumé, le Rwanda, dans les territoires occupés de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon l’organisation internationale de défense des droits humains, plus de 1 500 civils, parmi lesquels des citoyens congolais et des réfugiés rwandais, ont été illégalement transférés vers le Rwanda, en violation flagrante des Conventions de Genève de 1949. HRW parle sans ambages de crimes de guerre et de responsabilité directe du Rwanda en tant que puissance occupante.

Le document, fruit d’une enquête de terrain menée entre février et mai 2025, s’appuie sur les témoignages de victimes et témoins, recueillis autour de Goma, Sake, Karenga et dans les environs du Centre Chrétien du Lac Kivu (CCLK), à Goma. Human Rights Watch accuse le M23 d’avoir démantelé les camps de déplacés installés autour de Goma et d’avoir procédé à des transferts forcés de populations vers le Rwanda, parfois sous la couverture du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR).

L’organisation précise que ces déportations ont été menées avec la complicité ou sous la pression des autorités de facto en place, c’est-à-dire le M23, dont le contrôle est attribué à Kigali. Le HCR, tout en affirmant avoir agi sous contrainte, a reconnu que certaines opérations avaient été conduites « sous pression » et que, pour certaines personnes, « le retour au Rwanda était la seule option possible ».

Human Rights Watch souligne que ces actes violent l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit le transfert ou la déportation de personnes protégées depuis un territoire occupé. L’organisation rappelle également que tout transfert ou déportation effectué sans le consentement libre et éclairé des personnes concernées constitue un crime de guerre.

Clémentine de Montjoye, chercheuse senior à Human Rights Watch, indique que le soutien militaire, logistique et politique du Rwanda au M23 a été déterminant dans la prise de villes stratégiques comme Goma et Bukavu au début de l’année. Elle affirme que le Rwanda, en tant que puissance exerçant un contrôle effectif sur le M23, est légalement responsable des abus commis par cette rébellion.

Dans la ville de Sake, le 12 mai, près de 2 000 personnes ont été regroupées et transférées vers Goma, avant d’être en grande partie expulsées vers le Rwanda. Le M23 aurait justifié ces actions par la lutte contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé principalement d’exilés hutus rwandais,. Mais plusieurs des personnes déportées étaient des citoyens congolais disposant de papiers d’identité en règle, que les combattants du M23 auraient brûlés pour contester leur nationalité.

Le stade de l’Unité de Goma a été utilisé comme lieu de triage, selon HRW, où des personnes identifiées comme « d’origine rwandaise » ont été embarquées vers le Rwanda. L’organisation dénonce l’absence de système d’identification fiable en RDC, qui laisse place à des pratiques arbitraires. Les électeurs congolais, souvent identifiés uniquement par leur carte électorale, ont vu ce document rejeté ou détruit par les forces du M23.

L’implication directe du Rwanda dans les opérations militaires est également mise en évidence dans le rapport. HRW évoque le déploiement de près de 9 000 soldats rwandais dans l’est de la RDC au plus fort de l’offensive du M23 en début d’année, l’utilisation d’armes sophistiquées, ainsi que l’encadrement des nouvelles recrues dans des centres d’entraînement situés en RDC. Kigali aurait également organisé des voyages de presse dans les territoires sous contrôle du M23, ce qui renforce l’idée d’une occupation structurée et assumée.

Human Rights Watch qualifie cette situation de « belligérance par procuration », où le Rwanda exercerait une autorité militaire et politique à travers un groupe armé qu’il soutient, tout en échappant à ses obligations juridiques en tant que puissance occupante. L’organisation s’appuie sur le droit international humanitaire, notamment la Convention de La Haye de 1907 et la Quatrième Convention de Genève, pour établir que le Rwanda pourrait être reconnu comme puissance occupante dans les territoires de l’est de la RDC.

Le rapport conclut par un appel à la communauté internationale à exercer une pression coordonnée sur Kigali afin de faire cesser les déportations, garantir la protection des populations civiles dans les zones occupées, et demander des comptes aux responsables de ces violations graves. Il souligne que la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé un renouvellement de ses enquêtes sur les crimes commis dans le Nord-Kivu depuis janvier 2022, y compris les déportations et transferts forcés, qui peuvent relever aussi bien de crimes de guerre que de crimes contre l’humanité.

Pour Human Rights Watch, la gravité des faits documentés impose une réponse forte. La question de la responsabilité du Rwanda, longtemps évoquée mais rarement assumée au niveau diplomatique, pourrait désormais faire l’objet d’un examen juridique plus soutenu sur la scène internationale.