Washington : la RDC et le Rwanda initialent un accord de paix

Par Marc Matabaro

Un pas décisif vient d’être franchi à Washington dans les négociations de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Le 18 juin 2025, les équipes techniques des deux pays ont paraphé le texte de l’accord de paix en présence d’Allison Hooker, sous-secrétaire d’État américaine aux Affaires politiques. Ce texte, issu de trois jours de discussions, doit maintenant être soumis aux ministres des Affaires étrangères, puis aux chefs d’État, pour une signature officielle prévue le 27 juin.

L’accord s’appuie sur la Déclaration de principes signée le 25 avril 2025 et comprend des engagements cruciaux : respect de la souveraineté territoriale, cessation des hostilités, désarmement et démobilisation des groupes armés non-étatiques, mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, retour des réfugiés et déplacés internes, accès humanitaire et mise en place d’un cadre d’intégration économique régionale. Le Qatar, qui participe à la facilitation conjointe avec les États-Unis, était également présent pour garantir l’alignement entre les différentes initiatives diplomatiques.

Mais cette avancée s’est faite dans un climat de tension. Quelques jours plus tôt, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, dénonçait publiquement les fuites dans la presse de documents en cours de négociation. Le 11 juin, il écrivait sur X : « J’espère que ceux qui divulguent malicieusement des propositions unilatérales et des documents de travail à la presse comprennent qu’ils risquent de compromettre le succès des pourparlers de Washington. » Ce message faisait écho à une dépêche de Reuters indiquant que les États-Unis conditionnaient la signature de l’accord au retrait des troupes rwandaises du sol congolais.

Dans un autre message publié quelques jours auparavant, Nduhungirehe avait déjà tenté de désamorcer les spéculations : « Aucun accord de paix ne sera signé le 15 juin 2025 à Washington », soulignant que cette date n’était qu’un objectif initial et que les discussions devaient encore mûrir. Il ajoutait que les pourparlers s’étaient poursuivis par courriel entre les délégations congolaise, rwandaise et américaine, avant de se concrétiser physiquement à Washington à un niveau technique.

La pression internationale reste forte, notamment du côté américain. L’administration actuelle, représentée par Marco Rubio, secrétaire d’État, a réaffirmé sa volonté d’aboutir à un accord complet, réaliste et mutuellement bénéfique pour les deux pays. Washington et Doha misent sur cette initiative pour faire émerger un cadre de sécurité durable dans la région des Grands Lacs, après des années d’instabilité.

Cependant, de nombreux analystes expriment des doutes sur la sincérité du Rwanda dans ce processus. Kigali continue de justifier la présence de ses troupes en RDC par la menace que représenterait le FDLR, groupe armé composé d’éléments hutus rwandais, présenté comme une menace existentielle. Mais selon plusieurs observateurs, cette justification masque des ambitions plus larges. Sur le terrain, les rebelles du M23 – largement soutenus par le Rwanda selon l’ONU et plusieurs ONG – renforcent leur emprise administrative sur les territoires qu’ils occupent, sans toutefois disposer à eux seuls des capacités nécessaires pour les contrôler efficacement sans l’appui militaire rwandais.

Sur les réseaux sociaux, certains partisans du régime de Paul Kagame ne cachent plus leur nostalgie d’un « Grand Rwanda » et évoquent ouvertement la possibilité d’un redécoupage territorial qui intégrerait une partie de l’Est de la RDC. Cette vision repose sur des revendications historiques liées à l’époque précoloniale, lorsque le royaume du Rwanda contrôlait une partie des Kivu. Aujourd’hui, ces ambitions seraient également nourries par les enjeux économiques, notamment les ressources minières considérables que recèle cette région convoitée.

La suite du processus dépendra désormais de l’approbation formelle par les ministres des Affaires étrangères, puis d’un sommet des chefs d’État à Washington. À quelques jours de cette échéance cruciale, les efforts de paix apparaissent plus concrets que jamais, même si les véritables intentions des acteurs en présence restent au cœur des interrogations.